OPINION. « Les partenaires SI au cœur de la souveraineté numérique ! »
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Antoine Hennache
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Par Antoine Hennache, Président de l’ESN HN Services et Conseiller du Commerce Extérieur de la France pour les CCE - Ile de France
Au BankTechDay, la ministre déléguée Anne Le Hénanff a rappelé, aux côtés d’Élodie Trevillot, que banques et État ont un rôle clé à jouer dans la souveraineté économique et technologique de la France et de l’Europe. Le message est clair : il faut aussi faire le choix des PME et ETI françaises et européennes. Cette prise de parole a le mérite de recentrer le débat.
Car aujourd’hui encore, le débat reste trop souvent prisonnier des outils, à savoir les logiciels et applications. Non pas que la question technologique soit secondaire : la dépendance européenne aux solutions américaines est réelle, et personne ne peut sérieusement la nier. Mais à force de focaliser notre attention sur ce seul enjeu, nous en oublions peut-être la première couche, la plus concrète. La souveraineté numérique ne se résume ni à un logiciel, ni à un cloud, elle se joue d’abord dans une capacité très opérationnelle : garder la main sur ses choix, ses architectures et ses chaînes de valeur.
Autrement dit, nous faisons plus qu’acheter des outils, nous faisons fonctionner des systèmes. Et dans ce prisme, une question essentielle reste trop souvent éludée : avec qui construisons nous ? Qui conçoit l’architecture ? Qui intègre les briques ? Le premier choix structurant n’est pas uniquement technologique, il est industriel, opérationnel, et il est politique. Rappelons qu’en France, les appels d'offres des ministères et des grandes administrations ont fait pendant trop longtemps la part belle à des acteurs américains : sociétés de conseil, prestataires de services, fournisseurs informatiques.
Alors n’ayons pas peur de le dire: choisir une société de services européenne, capable de concevoir et de faire évoluer des systèmes sur mesure, c’est déjà un premier acte de souveraineté !
Réjouissons-nous, car même imparfait ce débat est nécessaire et il a permis de faire monter d’un cran les discussions sur notre dépendance numérique et de pousser le gouvernement à s’emparer pleinement du sujet.
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La circulaire publiée par le Premier ministre début février en est la confirmation. Elle précise que la commande publique doit soutenir les pépites françaises et européennes. Mais de qui parle-t-on ? Pas seulement des start-up et des pépites made in France comme Scaleway, Mistral, Cegid, OVH… Il s’agit aussi des ESN (Entreprise de Services du Numérique). Tout simplement parce que, en tant qu'intégrateurs et architectes des systèmes d’information publics, les ESN seront en première ligne pour traduire ces principes en réalités opérationnelles.
On le dit trop peu : l’économie numérique européenne, particulièrement en France, repose essentiellement sur un tissu dense d’ETI et d’ESN, capables d’industrialiser, d’intégrer et de déployer à grande échelle les solutions les plus souveraines possibles.
Il est plus que jamais temps de mettre en lumière ces ETI du numérique qui agissent dans l’ombre depuis des années. En effet, la plupart des observateurs associent encore par réflexe les ESN françaises aux grands groupes leaders du secteur. Cette focalisation médiatique tend à faire oublier la richesse d’un écosystème composé de milliers d’ESN de proximité, qui se distinguent par leur agilité, leur expertise pointue et la qualité durable de la relation qu’elles entretiennent avec leurs clients.
En France et en Europe, ces plus petites structures jouent une partition originale depuis longtemps déjà. Elles construisent des systèmes applicatifs sur mesure, pensés pour répondre précisément aux besoins du client, avec le plus haut niveau d’indépendance possible, ne serait-ce que pour s’adapter plus finement aux besoins de leurs clients et pour marquer leur différence quand elles répondent aux appels d’offres publics et aux contraintes RGPD/NIS2.
En outre, elles innovent en proposant des développements sur mesure sans les contraintes de standardisation imposées par les multinationales. En particulier chez les ESN spécialisées dans des problématiques métiers complexes souvent liées à des architectures spéciales (banque, cybersécurité, data, etc.).
Ces solutions accompagnent par définition les enjeux de souveraineté numérique puisqu’elles sont créées de toutes pièces par des développeurs français.
En s'appuyant sur des sociétés de services implantées localement, les organisations conservent ainsi une plus grande maîtrise de leur patrimoine informatique. Pour bénéficier d’une plus grande liberté et se conformer aux réglementations les plus exigeantes, les ESN de taille intermédiaire font tout pour miser davantage sur des solutions dites « souveraines » : briques technologiques européennes ou françaises, open source personnalisable, cloud et hébergement soumis au droit européen et référencés éventuellement dans des labels ou initiatives type “France / Europe garanti”. Cette démarche permet par ailleurs aux ESN de taille intermédiaire de maintenir plus facilement leurs développements et d’éviter la dépendance à un unique acteur tout en s’appuyant sur un tissu de PME et d’éditeurs français ou européens.
Les lignes commencent toutefois à bouger. Entre les récentes orientations françaises et européennes en matière de commande publique, de résilience numérique et d’autonomie stratégique, une dynamique se dessine.
Espérons que le gouvernement donnera toute sa place à ces ESN de proximités et qu’il transformera l’essai ! Car elles peuvent en être des actrices de premier plan. Leur rôle n’est pas de porter une promesse d’indépendance absolue, mais d’apporter des réponses concrètes, ancrées dans les réalités du terrain : développer localement, mieux maîtriser les systèmes, limiter certaines dépendances critiques, En construisant des systèmes applicatifs sur mesure les plus souverains possible, quand elles le peuvent.
Ne nous trompons pas de priorité : le sujet des outils est réel, mais sa résolution prendra du temps. Celui des prestataires, lui, peut être activé dès maintenant. Au fond, les véritables bâtisseurs de l’autonomie numérique sont peut-être moins ceux que l’on célèbre à grand renfort d’annonces que ceux qui conçoivent, sur le sol français et européen, les systèmes dont nous dépendons.
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