OPINION. « Pont des Arts : derrière la polémique, le désintérêt de l’espace public ? »
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Jean-Pierre Lecoq
Aymeric Guillonneau
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Jean-Pierre Lecoq
Aymeric Guillonneau
Par Jean-Pierre Lecoq, Maire du 6e arrondissement de Paris, Conseiller Régional d’Île-de-France (*)
La vie d’un élu local est parfois pleine de surprises. Si le quotidien est principalement un travail en coulisses entre décisions administratives et réunions avec les services, nous avons d’autres moments plus visibles avec les mariages, fêtes ou cérémonies officielles. Mais lorsque les habitants du 6e arrondissement m’ont renouvelé leur confiance aux dernières élections, j’avoue ne pas imaginer devoir soulever des planches sur le Pont des Arts pour que la Mairie de Paris daigne intervenir pour le rénover.
Mais cette vidéo n’est finalement que l’arbre qui cache la forêt, nous pourrions en réaliser des dizaines similaires dans toute la capitale. Ne serait-ce que dans le 6e arrondissement, des pierres sont tombées de l’Église Saint-Sulpice (dont la Mairie de Paris a la responsabilité) ou encore un lampadaire s’est effondré sur une passante il y a quelques semaines.
Ces situations sont révélatrices d’un espace public qui n’est pas entretenu, au quotidien sur les questions de propreté, et sur le temps long pour tous les sujets patrimoniaux.
C’est en réalité toute la chaine de fonctionnement qu’il faut revoir. Nous sommes face à des décisionnaires qui ne vont pas sur le terrain. Ils conçoivent des projets dans leur bureau sur ordinateur, donnent des ordres, passent des commandes à coups de millions d’euros, et puis c’est tout.
L’exemple du Pont des Arts est frappant : la Police Municipale du 6e arrondissement alerte depuis 1 an sur le problème de fixation des planches.
La Ville de Paris, toujours plus administrée, compte environ 55 000 agents. La Direction de la Voierie ne peut-elle pas avoir des inspecteurs qui se déplacent sur le terrain pour constater les défauts et enclencher immédiatement des travaux ? Pourquoi ne pas avoir demandé à l’entreprise responsable des travaux il y a seulement 18 mois de venir corriger les dysfonctionnements ? Aucune culture de suivi des chantiers, de contrôle, et du respect de l’argent public. Nous apprenons même que les nouveaux travaux d’un montant estimé à 100 000 euros seront au moins en partie financés par la mairie, le contribuable appréciera.
Plus largement, nous sommes là face à une mairie qui se désintéresse totalement de ces questions, probablement car les pierres ne votent pas. Mais comme j’ai l’habitude de la rappeler, si elles ne votent pas, elles tombent !
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La majorité socialiste-écologiste-communiste en place depuis 25 ans se détourne de plus en plus du patrimoine, à l’image du Conseil de Paris, qui se transforme d’années en années en guichet à subventions pour associations amies ou initiatives à l’autre bout de la planète et qui ne concernent en rien les affaires parisiennes.
Preuve supplémentaire de ce désintérêt, il faut souligner la prouesse d’Emmanuel Grégoire, tout juste élu maire de la capitale, d’arriver à nommer 36 adjoints sans qu’aucun n’ait la charge du patrimoine.
Anne Hidalgo avait su s’entourer de Karen Taieb, dont je salue le travail en tant qu’adjointe et qui avait fait avancer un certain nombre de dossiers, il faudra pour cette prochaine mandature se contenter d’une Conseillère déléguée.
Mais le nouveau maire est habile et a très rapidement réagi. Dès le lendemain de notre vidéo, des agents étaient littéralement sur le Pont - sous les yeux des journalistes – pour y apporter quelques mesures d’urgence, et le Maire de nous expliquer en vidéo qu’il travaille ainsi : « quand vous avez des sujets d’interpellation, et bien vous nous les dites ». C’est tout le paradoxe de cette époque.
Les alertes de la Police Municipale ne suffisent plus, nos alertes par courrier ou lors du Conseil de Paris ne suffisent plus, mais une vidéo qui comptabilise 5 millions de vues alors c’est toute la mairie qui se met en branle en quelques heures.
L’image avant tout. En 2026 les pierres ne votent toujours pas, mais les « likes » font bouger les lignes.
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(*) Diplômé de l'ESCP et de l'IEP Paris, Jean-Pierre Lecoq réalise l'ensemble de sa carrière professionnelle dans le financement d'entreprises et la gestion des risques au sein d'établissements financiers. Membre des Républicains, il est maire du 6e arrondissement de Paris depuis 1994 et Conseiller Régional d'Île-de-France depuis 2015.
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