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Idées & Débats

OPINION. « L’effet Larsen de la rhétorique redistributive »

latribune.fr

Publié le 04 avril 2026 à 05:50

Nicolas End

Nicolas End

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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En France, la redistribution à tout prix ? Le Medef alerte sur les risques pour la compétitivité et l'emploi.

Par Nicolas End, chef économiste du Medef (*)

En France, toutes les discussions sur la taxation semblent prendre pour acquise l'idée que faire plus de redistribution est désirable, à trois niveaux : (1) entre individus ou foyers disposant de hauts revenus ou patrimoines vers les moins aisés, (2) des entreprises vers les individus, et (3) des grosses entreprises vers les PME. Pourtant, quand on y regarde de plus près, le bien-fondé de cet objectif de redistribution toujours accrue n’est pas évident.

Sur les disparités de richesses personnelles, tout d’abord, il faut commencer par rappeler que la France redistribue déjà beaucoup. La France figure tout en haut du classement OCDE/UE des dépenses de protection sociale, avec 31,5 % du PIB (Drees). Cela signifie qu’une part très élevée de la production nationale est déjà consacrée à la réduction des inégalités. De fait, l’Insee montre qu’en 2023, la redistribution augmente de 55 % le niveau de vie moyen du premier quintile et réduit de 20 % celui du dernier, divisant le ratio de revenu entre ces deux groupes extrêmes de 8,4 à 4,3. 

Dès lors, l’opportunité de vouloir aller plus loin se discute, car redistribuer est coûteux pour l’économie : cela génère des pertes – les individus sont moins enclins à faire des efforts pour générer plus de richesses si leur gain marginal est quasi-nul (le taux marginal effectif de prélèvement étant de près de 60% ; (Sicsic 2017). C’est la métaphore du seau percé d’Okun : en déplaçant les richesses d’un individu à l’autre, on en perd. Ce sont aussi les trappes à bas salaires. Le point extrême de ce raisonnement, c’est le régime cubain : une économie à l’arrêt depuis des décennies. 

Outre cet argument d’inefficacité économique, il faut aussi admettre que les hauts revenus, les inventeurs, les scientifiques, les entrepreneurs sont mobiles et réagissent au taux de prélèvement fiscalo-social (Akcigit et al. 2016, Moretti & Wilson 2017). En pratique, cela veut dire que les travailleurs les plus qualifiés s’expatrient ou réduisent leur activité, transformant petit à petit la France en une économie à faible valeur ajoutée—assez des loin des ambitions qu’on pourrait avoir pour une ex-superpuissance industrielle. Or la règle de fiscalité optimale est connue de longue date : il faut ponctionner ce qui est le moins réactif (élastique) au taux de prélèvement.

On entend aussi souvent qu’il vaut mieux taxer les entreprises plutôt que taxer les ménages. Cela semble reposer sur l’idée qu’on épargne ainsi les Français, c’est-à-dire les électeurs. C’est pourtant faux : la science économique montre bien comment les entreprises répercutent les impôts qu’on leur impose sur les salaires et l’emploi (et dans une moindre mesure les investisseurs), avec des effets de long terme sur l’emploi et les exportations très forts (revue de littérature). Ce sont donc en partie les salariés qui paient lorsqu’on taxe les entreprises. Et cela détruit des emplois, ratant du même coup l’effet redistributif recherché. 

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De manière plus générale, ce sont les taxes sur les entreprises qui sont les plus dommageables à l’économie (FMI). Or, là encore, la situation en France a déjà atteint son comble, avec un taux d’imposition des entreprises qui est le deuxième plus élevé d’Europe et de l’OCDE. Les experts du FMI recommandent d’ailleurs depuis plusieurs années à la France d’arrêter d’augmenter les impôts. Car la France a besoin de ses entreprises pour générer des salaires, innover, et s’adapter aux transitions écologiques et numériques en cours. 

Plus récemment, l’idée semble avoir émergé – y compris sur le banc du gouvernement – qu’il serait désirable de taxer davantage les grandes entreprises afin d’épargner les petites. L’argument, poujadiste, laisse entendre que les grandes entreprises auraient relativement plus de moyens contributifs (ce seraient les super-riches des entreprises). C’est pourtant faux, là encore. En taxant plus les grandes entreprises, on créerait une incitation pour toutes les autres à ne jamais grandir au-delà d’un certain seuil – la France excelle déjà dans ce que les économistes appellent le bunching de PME juste en-dessous des seuils.

Faudrait-il donc décourager les entreprises à croître, développer de nouveaux marchés/produits, et recruter ? Ce serait dommage : en grandissant, elles dégagent des économies d’échelle et deviennent de plus en plus productives. En outre, elles jouent un rôle primordial dans les exportations, la R&D et l’innovation, et l’animation d’un écosystème de fournisseurs de toutes tailles. 

Taxer davantage les grandes entreprises revient à pénaliser les firmes les plus productives, innovantes et exportatrices — c’est l’inverse d’une politique efficace.

En conclusion, la France est déjà extrêmement redistributive à tel point qu’elle est confrontée à des problèmes d’efficacité qui en découlent : coûts marginaux élevés, trappes à bas salaire, base fiscale mobile et modèle social désincitatif. Si le maintien des inégalités à un niveau modéré, comme c’est déjà le cas en France, est un objectif souhaitable, l’enjeu prioritaire consiste à restaurer les incitations au travail, déplacer l’assiette vers les impôts les moins nocifs, renforcer les politiques “pré-distribution”, et mieux cibler/simplifier la dépense sociale — plutôt que d’augmenter encore la redistribution agrégée. Plutôt que d’une politique de l’autruche déconnectée des réalités de l’économie et du monde, c’est de lucidité et de courage dont notre pays a besoin. En leurs fors intérieurs, nos concitoyens le savent.

(*) Nicolas End est le chef économiste du Medef. X-Ensae, diplômé de Sciences Po et détenteur d’un doctorat en économie publique, il commence sa carrière en 2009 à la DG Trésor. Il devient ensuite conseiller économique et financier de l’ambassade de France à Madrid, avant de rejoindre le FMI où il travaille successivement au département des affaires budgétaires, au département en charge du Moyen-Orient et de l’Asie centrale puis à la direction stratégique. Il est également pendant deux ans directeur des risques pays de la Japan Bank for International Cooperation, la banque japonaise de soutien à l’export et à l’investissement à l’étranger. En 2024, de retour en France, il était à la tête du département des études et statistiques fiscales de la DGFiP.

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