OPINION. « La recherche partenariale, un levier puissant face à nos crises ! »

Clarisse Angelier
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Par Clarisse Angelier, Déléguée Générale de l’ANRT (Association Nationale de la Recherche et de la Technologie) (*)
La France et l’Europe sont confrontées à quatre crises majeures - stratégique, économique, sociale et environnementale – qui nous obligent à repenser notre stratégie globale pour maintenir notre modèle social. Face à l’ampleur des défis, il ne s’agit plus tant d’adapter nos technologies ou nos organisations que de croire encore au progrès pour faire avancer nos sociétés. Une ambition que porte la recherche partenariale, levier essentiel pour transformer nos contraintes en moteurs d’avenir et relancer durablement notre compétitivité.
Il est temps de redonner une place de choix au progrès. La recherche partenariale a joué un rôle clé dans notre histoire collective, notamment lors des conflits mondiaux et pendant les périodes de reconstruction, ou encore lors de la période de la Covid-19. Plus qu’un simple transfert de connaissances entre les secteurs académiques et privés, elle crée des synergies entre acteurs de la recherche, de l’économie et de la politique pour produire rapidement des solutions innovantes. Autrement dit, elle se place naturellement au service de la société et de ses défis majeurs.
Outil de progrès, elle porte une ambition économique ; elle transforme les découvertes de la recherche académique en applications concrètes créatrices de valeur. Elle permet aux entreprises d’accéder à des compétences académiques spécialisées et à des équipements de pointe et parallèlement d’insuffler à la recherche académique de nouvelles voies de recherche. Oui, la recherche partenariale révèle le meilleur de nos capacités collectives pour améliorer la croissance et la compétitivité des entreprises. Et c’est précisément de cela dont nous avons besoin actuellement pour surmonter les crises.
Cet impact économique n’est pas une promesse – il est réel et se mesure. Une étude conduite en 2024 au niveau européen par l’Association européenne des organisations de recherche et de technologie (EARTO) démontre que chaque euro investi dans la recherche partenariale génère 1,98 euros de création de valeur technologique. Autres chiffres avancés : 2 milliards d’euros de contrats de recherche ont entraîné une création de valeur technologique annuelle de 3 milliards d’euros. Cela a permis de créer 104 000 emplois supplémentaires, de générer un chiffre d’affaires de 16,1 milliards d’euros et une valeur ajoutée de 7,1 milliards d’euros. Rien que ça.
Et pour les gouvernements, elle a généré près de 3,1 milliards d’euros de recettes fiscales et parafiscales. En d’autres termes, la recherche partenariale n’est pas une opportunité à saisir, c’est un investissement stratégique, bénéfique pour nos entreprises, pour l’emploi, pour nos finances publiques et pour la société.
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La recherche partenariale est également une affaire de souveraineté. Elle renforce l’autonomie de la France et de l’Union Européenne en développant des capacités industrielles stratégiques – dans la défense, le spatial, l’énergie et les technologies vertes – avec une ambition claire : réduire nos dépendances externes. Elle améliore aussi la résilience de nos territoires en irriguant le tissu économique local, en structurant les écosystèmes d’innovation et en fédérant laboratoires et entreprises autour de stratégies de valorisation communes.
Cette dynamique de coopération, quel qu’en soit le niveau européen ou national, guide également la réponse à un autre défi majeur : le changement climatique. En mettant la connaissance au service de la durabilité, la recherche partenariale se place comme un levier essentiel pour développer des innovations technologiques et sociétales dédiées, réduire nos émissions de gaz à effet de serre et accompagner l’adaptation de nos sociétés et économies aux défis environnementaux.
La recherche partenariale, et le couple science et technologie sur lequel elle repose, constituent une réponse essentielle face aux crises que nous affrontons. Malgré les multiples attaques auxquelles elle est confrontée, la science reste un pilier fondamental pour l’évolution de nos sociétés. Elle est porteuse d’une promesse : celle d’ouvrir des voies nouvelles, de repousser les limites du possible, de créer des solutions là où il n’y en a pas encore et plus généralement de nous aider à façonner un monde soutenable si ce n’est meilleur.
Mais la gravité des enjeux nous impose de trouver un consensus rapidement. Il ne s’agit plus de penser la recherche partenariale comme un vecteur technique pour favoriser la diffusion des résultats de la recherche, mais d’affirmer le rôle structurant qu’elle joue pour nous permettre de répondre collectivement aux défis existentiels. L’invention de nouvelles solutions ne peut se faire que par l’association de l’ensemble des parties prenantes : les acteurs politiques, l’État, les collectivités locales, les entreprises et les citoyens autour de démarches de recherche exigeantes, porteuses de solutions concrètes et bienfaisantes. L’urgence de la situation l’exige.
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(*) Depuis 2016, Clarisse Angelier dirige l’ANRT qui réunit les trois quarts de l’effort de R&D français à travers ses membres – institutions de recherche publique et entreprises de toutes tailles et tous secteurs. Docteure ès sciences des matériaux et ingénieure métallurgiste, Clarisse Angelier a rejoint l’ANRT en 2007 en tant que chef du service Cifre avec la mission de développer ce dispositif de formation doctorale. Avant de rejoindre l’ANRT, Clarisse Angelier a été chargée de cours en sciences des matériaux dans les années 1990 et a dirigé le CACEMI-Cnam, centre de formation continue dédié aux matériaux, en tant que secrétaire générale jusqu’en 1999. Au tout début des années 2000, elle concourt au montage du GIE S2A Cnam-Renault-PSA, premier GIE à regrouper des entreprises privées et un établissement d'enseignement supérieur et de recherche. Entre 2002 et son arrivée au service CIFRE de l’ANRT, elle a successivement occupé les postes de secrétaire générale du département STI du Cnam, puis adjointe au directeur de la recherche.