Trump aime la gauche radicale. La chronique de François Clemenceau

Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate de l'État de New York à la Chambre des représentants, à Chicago (Illinois), le 19 août 2024.
LTD / REUTERS - Kevin Lamarque

Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate de l'État de New York à la Chambre des représentants, à Chicago (Illinois), le 19 août 2024.
LTD / REUTERS - Kevin Lamarque
Les Américains mythifient souvent par leurs initiales les personnages politiques qui ont marqué leur histoire contemporaine. Notamment chez les démocrates avec ces héros que furent FDR (Franklin Delano Roosevelt) et JFK (John Fitzgerald Kennedy), MLK (Martin Luther King) ou RBG (Ruth Bader Ginsburg), l’ex-reine des féministes à la Cour suprême.
En 2018 est apparue AOC, Alexandria Ocasio-Cortez, élue de New York au Congrès à l’âge de 29 ans, plus jeune femme jamais propulsée à la Chambre des représentants. Née dans le Bronx d’une mère portoricaine de milieu modeste, AOC avait fait campagne sous la bannière du parti des socialistes démocrates américains et réussi à battre le démocrate sortant Joseph Crowley, un fils de policier, baron de l’aile centriste du parti qui avait voté en faveur de la guerre en Irak et contre les sanctions imposées aux banques après la crise financière de 2008.
Depuis le 23 juin au soir, on ne parle plus que de DAC, Darializa Avila Chevalier, 32 ans, désignée candidate démocrate pour les élections de mi-mandat du 3 novembre par les électeurs de la 13e circonscription de New York. DAC est d’origine dominicaine, étudiante brillante à la très progressiste université Columbia devenue enquêtrice dans un cabinet d’avocats commis d’office.
Elle aussi milite avec les socialistes démocrates américains, tout comme son mentor, Zohran Mamdani, élu maire de New York l’automne dernier. C’est avec son parrainage qu’elle a fait campagne pour l’abolition de la police, des frontières et des prisons et pour la saisie des propriétés privées non occupées. Dès le 8 octobre 2023, elle avait manifesté pour la Palestine mais sans avoir au préalable clairement condamné les pogroms perpétrés la veille par le Hamas.
Qui a-t-elle défait ? Adriano Espaillat, 71 ans, lui aussi d’origine dominicaine, représentant démocrate depuis dix ans de cette circonscription, qui regroupe une partie des quartiers du Bronx et de Harlem. Les électeurs ont clairement choisi un changement de génération mais aussi de cap idéologique.
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Bien entendu, New York n’est pas l’Amérique. Pourtant, les primaires démocrates, organisées dans tout le pays depuis le printemps et jusqu’au milieu de l’été, montrent que d’autres États américains subissent également cette poussée de la frange la plus radicale du mouvement face à des candidats plus modérés. C’est le cas du Wisconsin ou du Michigan, considérés comme des swing states, ces États qui basculent de droite à gauche et vice versa au gré des élections. Certains candidats marqués clairement à gauche vont donc faire campagne dans des districts qui s’étaient donnés à Donald Trump en 2024.
La direction centriste du Parti démocrate vit cet épisode de bascule comme un cauchemar. Essentiellement car Donald Trump ne pouvait rêver mieux pour tenter de renverser la vapeur, alors que son impopularité et celle de son parti le conduisaient à perdre les élections de mi-mandat. Le président adore se projeter dans un face-à-face binaire « eux ou nous ».
Eux les wokes, les laxistes, les déconnectés des classes populaires – souvent plus conservatrices qu’on ne le croit sur les valeurs –, les rois de l’ambiguïté quant au soutien à la Palestine, plus indulgents à l’égard du Hamas qu’inébranlables dans le soutien à l’État hébreu.
Bien entendu, cette vision est erronée et il y a aujourd’hui à l’extrême droite, dans le camp Maga, des noyaux d’antisémitisme et de poutinisme clairement affichés dont Donald Trump a besoin pour survivre.
Mais alors que son soutien au sein des franges modérées du Parti républicain s’effrite de plus en plus en raison de sa politique erratique, de son narcissisme antipatriotique, de ses atermoiements stratégiques catastrophiques, il ne fait pas de doute que nombre d’électeurs de la droite raisonnable préféreront rester à droite plutôt que de se risquer à voter pour des jeunes candidats de la gauche radicale américaine avec qui ils ne partagent rien.
On notera que ce problème de la gauche américaine contre l’extrême droite fascisante est aussi celui des gauches européennes en général et de la gauche française en particulier.