Adel Nassar, ministre libanais de la Justice, revient sur l'accord de Washington, les menaces du Hezbollah et l'abolition de la peine capitale au Liban.
ENTRETIEN — Malgré de nouveaux bombardements israéliens et l’opposition du Hezbollah, l’ancien avocat estime que l’accord signé avec l’État hébreu peut renforcer son pays.
LA TRIBUNE DIMANCHE — L’accord de Washington ouvre-t-il la voie à une paix définitive entre le Liban et Israël ? ADEL NASSAR — C’est un accord-cadre, comme celui conclu entre les États-Unis et l’Iran. Il est annonciateur d’un processus qui pourrait conduire à la paix. Il faut être conscient d’une réalité dont souffre notre pays : nous sommes pris entre la tenaille israélienne – et la sauvagerie de ses attaques disproportionnées – et l’enclume iranienne, qui s’ingère dans les affaires du pays par l’entremise du Hezbollah.
Notre territoire est le terrain de leur combat, le Liban est la victime de guerres qui ne sont pas siennes. L’intérêt des Libanais est donc ne plus faire les frais des jeux d’influence dans la région. Il ne doit plus craindre le mot paix.
Mais cet accord n’entérine-t-il pas l’occupation israélienne du Liban-Sud, le retrait de Tsahal étant conditionné au désarmement du Hezbollah, qui prendrait des années ? Il n’est absolument pas question d’entériner une occupation israélienne. Des retraits doivent commencer très vite avec une prise en charge de territoires par l’armée libanaise. Quant au désarmement du Hezbollah, il ne peut ni ne doit prendre des années. Il s’agit là d’une exigence interne libanaise.
Avant même la dernière guerre, le gouvernement avait confirmé l’illégalité des armes du Hezbollah et la nécessité d’un retour à l’État du monopole de la force. Ce n’est donc pas une concession faite à Israël. Personne ne peut décider de notre sort, ni les Iraniens ni les Israéliens.
Comment appliquer cet accord alors que le Hezbollah s’y oppose, un de ses députés menaçant même le pays d’une guerre civile ? Les menaces du Hezbollah ne doivent pas faire reculer l’État libanais. Au contraire, elles imposent une célérité dans le processus de désarmement. Le Hezbollah a déjà brandi plusieurs fois ce type de menace. Mais ce chantage ne fonctionne plus. Le pays a payé un prix exorbitant pour les aventures militaires de ce mouvement depuis 2000. Sa position est donc intenable.
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