Avec les grappes, le Guide Michelin va aussi noter les vins

Gwendal Poullennec, patron du guide Michelin.
Aglaé Bory/Shutterstock

Gwendal Poullennec, patron du guide Michelin.
Aglaé Bory/Shutterstock
Après les étoiles (pour les restaurants) et les clés (pour les hôtels), l’illustre « bible » du bien vivre – présente sur 70 destinations et numérisé en 27 langues – s’apprête à décerner les « grappes ». Une, deux ou trois, selon le mérite de chaque propriété et la qualité de ses vins. Réponses aux six questions que tout le monde se pose sur ce énième classement, commandité par son patron, Gwendal Poullennec.
Pourquoi les grappes ?
Il fut un temps – dès ses débuts en 1926, d’ailleurs – où le Michelin intégrait le « bien boire » aux composantes de l’offre de restauration proposée par les adresses qu’il inspectait. Peu après, la critique des bonnes maisons s’accompagnait même de recommandations liquides présentes à la carte. « On incitait déjà les voyageurs à se faire plaisir avec des vins locaux », rappelle le président du Michelin, guide toujours prompt à mettre en avant les métiers de la sommellerie. En tenant compte de l’influence que peut avoir la cartographie du vin sur les flux touristiques, et du lien étroit existant entre voyage et vin, le guide Michelin a donc souhaité « aller plus loin » dans son rôle de prescripteur.
Qui sont les inspecteurs ?
Avec le rachat en 2016 du guide Robert Parker, qui a noté ces dernières années un demi-million de références tout autour du globe, le Michelin ne manque ni de nez ni de palais. Avant, déjà, ses rangs comptaient une proportion non négligeable d’ex-sommeliers rompus à la dégustation. D’anciennes recrues Parker au solide bagage œnologique – hommes comme femmes, parfois anciens vignerons, issus d’une dizaine de nationalités « pour mieux comprendre le point de vue des clients » – ont donc rejoint le nouveau pôle d’expertise « vin » du Michelin. À la différence de leurs collègues écumant les restaurants, les inspecteurs des grappes visitent les domaines à visage découvert. Seuls ou à deux, ils parachèvent leur inspection avec une dégustation collégiale et hors les murs, quand bien même le maître des lieux leur aura fait découvrir sa production en cave. Ils s’engagent enfin à être indifférents au packaging, comme on peut l’être au dressage d’une assiette, pour mieux se concentrer sur le produit.
Comment les domaines sont-ils sélectionnés ?
À la connaissance historique des domaines vient s’ajouter un titanesque travail d’investigation. D’innombrables propriétés – y compris de piètre niveau – font livrer leurs échantillons au guide Michelin, espérant sortir du lot. Ainsi, un inspecteur peut être amené à goûter entre 50 et 70 bouteilles par jour avant de déterminer si l’une ou l’autre des propriétés vaudra la peine d’être inspectée. Mais une inspection ne peut en aucun cas « être le fruit d’une demande ou d’une sollicitation ».
Quels sont les critères de notation ?
La classification repose sur cinq critères universels, sensiblement identiques à ceux en vigueur dans les restaurants. En premier lieu, la qualité initiale des produits (le travail à la vigne, la conduite agronomique, le soin apporté aux tailles…) ; puis, la maîtrise des techniques de vinification (pressurage, maturation, filtrage…) ; en troisième lieu, l’expression du vin (sa personnalité, ce qu’il reflète du terroir) ; avant-dernier critère, les équilibres harmonieux (bois, tanins, acidité, sucrosité…) ; enfin, la constance dans la durée (millésime après millésime les caractéristiques du vin résistent-elles au temps, aux changements climatiques ? Si oui, conserve-t-il durablement son identité ?). À l’arrivée, une notation de 1 à 3 grappes, la récompense ultime célébrant un nectar « du ressort de l’exceptionnel, de l’extraordinaire ».
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Pourquoi commencer par Bordeaux et la Bourgogne ?
Fidèle à son berceau hexagonal, le guide Michelin tenait à inaugurer sa nouvelle distinction en explorant deux régions viticoles historiques. Les inspecteurs ne se sont fixé aucun quota, aucun nombre limite de récompenses, et plusieurs milliers de domaines seront visités d’ici à la révélation, « avant la fin 2026 », du premier classement. Une série à l’étranger est également prévue.
Le guide sera-t-il disponible en librairies ?
N’en déplaise aux amateurs de papier (et aux boîtes à gants !), le fruit de cette exploration viticole sera « essentiellement digital » et, pour partie, accessible gratuitement. L’appli du guide Michelin intégrera ces mêmes contenus. Certes, une publication imprimée « pourrait faire sens », selon Gwendal Poullennec, mais pas avant que plusieurs autres régions aient été dûment visitées… et notées.
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