L’ancien Premier ministre signe un essai vibrant où il est question de la dette, bien sûr, mais aussi de la malédiction qui frappe Emmanuel Macron ou de son père. Rencontre.« L’orage vient », prévient la plume de François Bayrou, une fois, puis une autre, dans la même phrase, en scansion menaçante, tel le fameux « winter is coming » de Game of Thrones. Le centriste n’a rien contre un peu de grandiloquence. « L’orage vient, si je ne me trompe pas, et crois-moi, lecteur ami, compréhensif ou sceptique, je ne peux pas me tromper, l’orage vient, et la tempête et le tsunami qui l’accompagnent », écrit-il dans Alerte sur la France qui vient.
« Nous creusons la fosse où nous projetons nos enfants », peut-on également lire. Au cœur du livre : la dénonciation de la dette, évidemment, dont François Bayrou a fait son cheval de bataille et sur l’autel de laquelle, faute d’être soutenu par « les partis politiques », comme il dit, il a choisi, en septembre 2025, de sacrifier son mandat de Premier ministre.
Dans cet essai qui vibre et qui gronde – de passion pour la France et pour la politique –, point de règlement de comptes, pas même l’esquisse d’un portrait vitriolé de tel ou tel. Non seulement l’auteur se fait fort de trouver des qualités (il faut de l’imagination…) à tous les ministres de son gouvernement – d’Élisabeth Borne à Gérald Darmanin en passant par Manuel Valls, Éric Lombard ou Rachida Dati –, mais il va jusqu’à s’interdire la moindre pique à son successeur, Sébastien Lecornu.
Seule s’exprime sa colère contre le « cynisme bas du front », le « machiavélisme de chaisière » des entourages. Comprenez : les conseillers d'Emmanuel Macron. De ce dernier, il continue de dire du bien – et de lui parler au moins une fois par semaine. Il raconte sans la raconter la scène où il s’est « [lui]-même nommé Premier ministre », ainsi que nous l’avait jadis confié Dominique de Villepin à son propre sujet après avoir arraché à Jacques Chirac son accession à Matignon.