« Éclipsées – sœurs de reines », de Lune Robin : notre premier roman coup de coeur

Éclipsées – sœurs de reines, Lune Robin, illustrations de Marie Pauline Diethelm, Équateurs, 320 pages, 22,50 euros.
LTD/Kostia Hornain Debain

Éclipsées – sœurs de reines, Lune Robin, illustrations de Marie Pauline Diethelm, Équateurs, 320 pages, 22,50 euros.
LTD/Kostia Hornain Debain
Voici un livre de princesses. Mais ne vous attendez pas à croiser un prince charmant ni à lire qu’« ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Historienne et historienne de l’art, Lune Robin, bien que biberonnée aux films sur l’impératrice Sissi avec Romy Schneider, invite à « laisser derrière [soi] le mythe romantique de la princesse ».
Dans Éclipsées, son premier essai, la chercheuse, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudo @ lunerob, s’inscrit dans le renouvellement historiographique consacré aux femmes et explore un angle mort : les sœurs des reines, jusqu’alors absentes du récit officiel. À travers sept familles, vingt-neuf femmes et près de deux mille ans d’histoire européenne, de l’Antiquité au début du XXe siècle, elle fait surgir des destins relégués dans l’ombre. Apparaissent ainsi Bérénice IV et Arsinoé IV, restées dans le sillage de leur célèbre sœur Cléopâtre, ou les quatre sœurs de Provence, reines aux quatre coins de l’Europe médiévale.
Le cas de Marie-Antoinette dit beaucoup : dix sœurs, des alliances rompues par des morts précoces, des mariages dictés par la raison d’État. L’une d’elles, Marie-Caroline, est la troisième à porter ce prénom, attribué après la disparition de deux aînées, et deux autres de ses sœurs ont été fiancées à son futur époux – un rappel, si nécessaire, de l’interchangeabilité des princesses. Derrière ces unions se dessinent des stratégies majeures. Car, bien mariées, les sœurs deviennent des leviers diplomatiques. « Lorsqu’une sœur épouse un souverain, il n’est pas rare que la sororie entière devienne “diamant de la saison” », note l’essayiste.
Le plus touchant et précieux dans ces pages reste les extraits de correspondance de ces princesses, faisant entendre des voix longtemps inaudibles. Lune Robin rappelle que des siècles de récits masculins ont fait que l’« on attribue toujours les mauvaises décisions du souverain à l’influence d’une femme mais jamais les bonnes ». Et choisit, ici, de reléguer « ces messieurs » au second plan.