Saint-Florent, ses couchers de soleil, ses terrasses sur pilotis et ses crèmes glacées : une destination qui allie charme du passé et nouveautés

Cette semaine, François Simon vous emmène en immersion à Saint-Florent.
LTD/ROBERT PALOMBA/ONLYFRANCE

Cette semaine, François Simon vous emmène en immersion à Saint-Florent.
LTD/ROBERT PALOMBA/ONLYFRANCE
Qu’il est étrange, ce pouvoir des lieux. Ils vous disent qu’ils ont été brillants, mémorables, subjuguants. Que reste-t-il d’eux à présent ? C’est à nous de reconstituer le puzzle, de rechercher les pièces manquantes : la pierre blanche de Brando et son blanc calcaire, les ormeaux de la place centrale, les oursinades : « Avant, songe André Costa, figure locale, nous étions bien une trentaine sur un bateau à rigoler, à nous amuser. Maintenant, il y a 30 bateaux sur le port, chacun a le sien, et guère qui s’en vont voguer ! »
Saint-Florent est ainsi aujourd’hui, un certain charme s’en est allé, les chasses à courre de Warden Chilcott et ses « piqueurs » en livrée rouge (1920-1938), Jean d’Ormesson (1970) et son phalanstère littéraire, Paul Morand observant ses pieds nus. Jean-Marie Rouart, Michel Déon, Michel Mohrt, le comte de Beaumont et son élégante épouse. La beauté chavira alors, elle était hiératique, sublime de froideur (la comtesse de Brantes), elle devint érotique, vibrante (Brigitte Bardot).
Et l’esprit de Saint-Florent s’envola avec nous, laissant derrière elle cette satanée nostalgie qui ne vaut pas tripette. Quoique. Voyager aujourd’hui consiste à réunir ces morceaux épars du passé, reconstruire une fiction sur mesure tant le réel nous indiffère. C’est un monde à la carte, fait de couchers de soleil, de bonbons de l’épicerie Scotto, de spritz tintant. Il nous revient de reconstruire un nouveau monde, de nouveaux carrosses, de nouvelles fées, une âme d’enfant. Et de rêver ; à Saint-Florent, la Corse fait le reste. Magnifique, elle a l’habitude.
🏖️ L’adresse de l’été.
La Paillote-Olzo Beach, sur la plage d’Olzo.
La plage dans tous ses états avec les pieds dans le sable, les crèmes glacées, paddle, kayak, pédalo, en-cas (salade pastèque-feta-concombre ; perles de tapioca au lait coco et mangue), tapas bon enfant et, surtout, le soir venu, avec l’assistance d’un verre (tout spécialement le patrimonio Clos Marfisi), pastis ou mauresque lorsque le soleil se couche, l’une des plus belles démonstrations de la région. Patrimonio, à quelques mètres de Saint-Florent.
☎️ 06 31 34 69 58.
🍽️ Les tables estivales.
Certes sur le port, la Marinuccia, place de l’Ancienne-Poste, et sa terrasse sur pilotis posée au bord de la mer, les couchers de soleil, une cuisine de poissons tranquille, sans remous ; également la Tablée de Mamo, sur la promenade, trendy et correct ; voire, sur le même quai, L’Europe et sa cuisine estivale prévisible. Mais lorsque la chaleur tombe, il est louable de gagner les hauteurs et une fraîcheur inespérée comme dans le ravissant village de Nonza, avec Da Noi et la cuisine de Matteu et Stefana, axée sur les produits corses, les légumes de leur jardin. Hautement recommandable, le moelleux à la châtaigne. Ou encore le Café de la Tour, sa terrasse, ses plats estivaux, place de la Fontaine.
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🏨 Séjourner.
À Basgi Basgi.
Voir cette publication sur InstagramUne publication partagée par Hôtel Basgi Basgi (@hotelbasgibasgi)
Lancé par Coline et Matthieu Marchini, ce tout récent boutique-hôtel quatre étoiles (2023) situé à cinq minutes du centre-ville s’inscrit dans la lignée d’une hôtellerie nouvelle génération avec des valeurs respectueuses. Une table animée par l’affable Antonin Bergoin-Graziani avec le chef Simon Berna, épaulé par une carte des vins étoffée et un service juvénile. Vingt-huit chambres et suites (dont trois duplex et une suite familiale) à la décoration harmonieuse donnant sur la piscine centrale, avec en contrepoint la baie de Saint-Florent.
🌅 Un moment, un lieu.
Les couchers de soleil depuis la paillote Olzo Beach. Et, du reste, un peu partout, tant le littoral est foudroyant de beauté.
🥫 Petite perle cachée.

L’épicerie Scotto, toujours fidèle au poste : produits corses et italiens et la gentillesse de l’accueil. Dans le village.
❌ Ah non, pas ça !
Les travaux sur le port, les poubelles non ramassées le dimanche, les parkings, le prix des billets d’avion…
👔 Inclinations vestimentaires.
Le Pantone ne se foule pas sur les quais. Programmation minimum comme une ascèse troublante. Il y a bien quelques minishorts, des cols relevés façon minerve, du bleu à revendre, mais l’ensemble s’arrête à mi-chemin.
🍷 Le dernier verre.
Sur la promenade vespérale, la légendaire terrasse de L’Escale, voire la Vista, plus trendy, les beaux couchers de soleil. Immeuble de l’Ancienne Poste.
☎️ 06 14 78 68 88.
🍦 Le glacier.

Maison Rovere, pour ses parfums travaillés artisanalement au plus près des saveurs (pistache, citron, menthe, café). 8, route Neuve. Sans oublier l’avenante Gelateria de Saint-Florent. 15, rue du Centre.
André Costa : « On rigolait sans se soucier »
Ce septuagénaire enjoué est à la fois chasseur, pêcheur, motoriste nautique, navigateur, loueur de vélo, pizzaiolo et surtout amoureux de son village, où sa famille vit depuis plusieurs générations.
Son histoire avec Saint-Florent. J’ai eu la chance de connaître les plus belles années de Saint-Florent entre 1970 et 1990. On venait de Saint-Tropez manger de la langouste. Je vois encore le producteur américain Sam Spiegel [Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie…] choisir ses crustacés dans la nasse. C’était l’époque aussi du Jour le plus long [1962], tourné ici même sur la plage de Saleccia avec John Wayne, Robert Mitchum, Henry Fonda, Sean Connery, Richard Burton… Ma mère était cuisinière à l’hôtel des Lauriers Roses, mon père était chevrier. On travaillait, on rigolait sans se soucier. On chassait cinq jours par semaine. Je faisais beaucoup de sport, du tennis, du foot et de la voile avec un superbe voilier de 24 mètres des années 1930.
Où le trouver. Bien sûr à sa pizzeria, le Pizza Costa (4, place Costa) ; sur le port également, au café L’Escale le matin vers 9 heures…
Le délicieux défaut de Saint-Florent. Du caractère, ça on en a, mais la politique nous aura quelque peu déconcertés, divisés. D’un autre côté, on a acquis une indépendance d’esprit, prenant du recul avec ce qui fut un village avec sa communauté, son curé, ses oursinades conviviales, ses figures emblématiques comme Ange Brigole dit Spasso, Louis dit le Frisadu, Robert Feydel dit Bobino…