Ce qu’on a écouté cette semaine : ombres italiennes, étincelles jazz et miroirs de piano

« Laszlo », « Glass » et « Salvant ».
LTD/DR

« Laszlo », « Glass » et « Salvant ».
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Artiste secret et très rare sur scène, turinois comme Ludovico Einaudi, Andrea Laszlo De Simone est de retour. Et pas avec un modeste EP de quatre titres (à couper le souffle, certes) comme ce fut le cas en 2020 avec Immensità, qui l’a aussitôt acquis à un très large public. Cette fois, le mystérieux chanteur, auteur de la BO du film Le Règne animal en 2023, se présente avec un album qui s’étire sur 17 plages au gré de longs instrumentaux et d’échappées sonores : sifflements, respiration, bruits de pas ou bruissement d’orage au loin…
Dans ce paysage intrigant, semé de petits bals perdus et de campagnes oubliées dans la brume, ses nouvelles chansons surgissent comme autant de rayons de soleil et de flèches. Elles évoquent tout de go la douceur de vivre et la nostalgie des années 1960 (Per te, Quando…), l’attente (splendide Aspetterò), la vulnérabilité (Quello che ero une volta), le rêve (Non è reale), ou tout simplement cette longue ombre (Una lunghissima ombra) qui donne son titre au disque. Ma che bellezza, que incanto… Irresistibile !
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Pétrie de mélancolie incandescente et d’émotions qui tourbillonnent, l’œuvre de Philip Glass fascine les pianistes. Elle « possède » déjà les sœurs Labèque, qui ont récemment parachevé la Trilogie Cocteau, et des solistes comme Silas Bassa, Shani Diluka, Célimène Daudet ou Timo Andres. Voici que Vanessa Wagner s’empare de l’intégrale des études de piano, sommet qui s’articule autour de vingt pièces écrites sur vingt ans.
Connue pour traverser les impressionnistes et défricher avec gourmandise des partitions modernes (Meredith Monk, Caroline Shaw, Pascal Dusapin), passionnée d’électro (Murcof, Rone), Wagner éclaire ici le côté radical et obsessionnel du compositeur américain murmurant nos solitudes au gré des arpèges. Au fil de cette plongée où la maîtrise et l’abandon finissent par se confondre et forger un cycle, une somme de miroitements se dessine et éblouit. Le résultat frôle parfois une forme inquiétante de perfection nous imposant son rythme, sa pédagogie avec ses chauds et ses froids, ses déliés et ses raideurs. Mais assurément délivre une méditation imparable.

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Encore plus que ses précédents Ghost Song (2022) et Mélusine (2023), le nouvel album de Cecile McLorin Salvant désarçonne au fil de chansons hybridées à renfort d’influences qui piochent aussi bien dans l’art singulier d’une Kate Bush que dans la ballade country-folk (étonnant Take This Stone), le grunge, la samba, la pop-électro, la house ou la musique Renaissance.
Dans ce festin d’ambiances et de textures, la vocaliste soumet même son timbre tout puissant au trafic de l’Auto-tune, façon Cher ! Le jazz pur ne reste pas moins au cœur de son geste, avec des embardées solaires comme Anything But Now ou What Does Blue Mean to You ?, grands moments de swing étourdissant comme pour mieux retomber sur nos pattes.
Éclectique mais royalement tenu, déconcertant, addictif, cet album étonnant est aussi celui des collaborateurs habituels de la chanteuse (son compagnon Sullivan Fortner aux claviers, Yasushi Nakamura à la basse, Kyle Poole aux percussions, June McDoom et Kate Davis aux chœurs). Tous magistraux… et attendus avec la chanteuse le 8 novembre à la Philharmonie de Paris.
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