Guillaume Gallienne, Mathieu Laine et Karol Beffa posent dans les jardins du Palais Royal à Paris le 2 octobre, à l'occasion de la sortie du conte musical « Le roi qui tombait amoureux » auquel ils ont tous les trois contribué.
Vincent Boisot/Riva Press - Vincent Boisot - Vincent Boisot
Portés par le conte « Le Roi qui n'aimait pas la musique », le compositeur, le comédien et l'essayiste poursuivent leur aventure avec un nouveau livre pour enfants sur la liberté.
Il était une fois trois amis qui, autour d'un conte pour enfants, enclenchèrent une aventure qui vint à les enthousiasmer et à les dépasser... Trois zigues issus d'univers a priori très différents - musique savante pour Karol Beffa, théâtre pour Guillaume Gallienne, entrepreneuriat pour Mathieu Laine - mais reliés par une amitié profonde et une passion commune : la musique.
En 2017, ils firent paraître, chez Gallimard Jeunesse, Le Roi qui n'aimait pas la musique, un conte musical qui revient régulièrement à l'affiche un peu partout en France, que ce soit dans les écoles à l'initiative d'enseignants avec des amateurs ou sur des scènes prestigieuses avec des professionnels, comme c'est le cas ce jour au Théâtre des Champs-Élysées avec Aline Afanoukoé pour récitante. La journaliste et chroniqueuse de France Inter mettra en voix le deuxième tome de leur histoire : Le Roi qui tombait amoureux.
Cette fois encore, il y sera question d'un roi autoritaire amené, par le charme de la musique, à se détendre et à octroyer plus de libertés à son « petit » peuple de Lowreliens (anagramme d'orwelliens), cette fois aimanté par le « Jazzikistan », une république drôlement swing et animée, abreuvée de blues, de be-bop et de funk...
La liberté, tel est le credo quasi obsessionnel de Mathieu Laine. Avocat d'affaires, libéral assumé connu pour signer des essais aux titres provocateurs (La Grande Nurserie - En finir avec l'infantilisation des Français, Cet État-nounou qui nous veut du bien...), Laine est par ailleurs père de six enfants au sein d'une famille recomposée et, de ce fait, grand lecteur d'histoires pour enfants. « À ma petite dernière, Allegra, qui a 6 ans et qui se met au violoncelle, j'en lis trois plutôt qu'une au coucher ! » confie sans ciller cet assoiffé de littérature et d'opéra.
Désormais conteur assermenté, il se présente ainsi : « Issu de la petite bourgeoisie de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, où mes parents étaient médecins, j'ai eu la révélation de la musique assez tard, au lycée, grâce à un prof d'histoire génial qui m'a fait découvrir Mahler, Beethoven, Verdi... » Bien que vite happé par « des études supérieures plus austères » (sciences politiques en même temps qu'un certain Emmanuel Macron dont il est resté proche), il explique avoir dès lors éprouvé le besoin inextinguible de « compenser une frustration avec la culture ».
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Soif qu'il étanche notamment auprès de son ami le pianiste et comédien Karol Beffa. « Il y a environ vingt de ça, alors qu'on finissait nos études respectives, j'étais fasciné de rencontrer ce musicien hors pair, qui plus est compositeur. Au conservatoire, il gagnait tous les prix, harmonie, contrepoint, fugue, etc. Il m'impressionnait déjà par sa douceur, sa profondeur et sa loyauté, je l'invitais souvent à l'opéra. »
À cette même époque Karol Beffa se lie de son côté avec Guillaume Gallienne, jeune comédien qui perce au Français : « Je l'ai connu à dîner, chez des amis communs, où il testait devant nous, en trois langues, les personnages de ce qui allait devenir son grand succès, Les Garçons et Guillaume à table. Il était incroyablement drôle et imaginatif. »
En 2015, pour son mariage en secondes noces avec la journaliste Alix Foriel-Destezet, Mathieu Laine voit les choses en grand. Sans le savoir, il plante alors la première graine du Roi qui n'aimait pas la musique : « Je voulais offrir un poème en surprise à mon épouse et j'ai demandé à Karol de le mettre en musique. » Accompagné au violon par Renaud Capuçon, un autre de leurs amis, ce poème intitulé Pour Alix est récité par Patrick Bruel et chanté par la mezzo Albane Carrère lors de la célébration.
Laine, qui ne s'en remet toujours pas et qui est « du genre entreprenant en tout », note Karol Beffa, explique que c'est cette expérience qui lui donne alors l'idée, « peu de temps après », de s'accorder plus de fantaisie et d'écrire un conte. « J'ai mesuré, littéralement, la taille et la durée de Pierre et le loup, je me suis lancé et j'ai demandé à Karol d'en composer la musique... Cette année-là, on parlait beaucoup de Boko Haram, des talibans, ces régimes qui interdisent la musique, s'en prennent aux artistes, raconte Mathieu Laine. C'est comme ça que m'est venue l'idée de ce conte où la musique est salvatrice car elle est en soi une ode à la liberté, au partage, à la vertu du travail ensemble et de la diversité. »
Le projet plaît à Antoine Gallimard qui édite le livre-disque, paru en 2017, rehaussé des parfums ravéliens de la partition de Beffa avec, pour complices, deux virtuoses qui deviendront de chers amis eux aussi : Paul Meyer à la clarinette et Edgar Moreau au violoncelle.
Le récitant choisi pour ce nouveau livre musical, Guillaume Gallienne, se souvient de bon cœur d'avoir été ravi de rallier la troupe à la suite de Patrick Bruel : « Je faisais déjà la voix française de l'ourson Paddington, à laquelle je reste très attaché. Je fais aussi la voix d'un autre conte que j'adore, Le Petit Pianiste, de Morgane Raoux. Ce qui m'a plu dans ce Roi qui n'aimait pas la musique, c'est bien sûr sa patte classique, ses petits clins d'œil à Bizet, Offenbach et Mozart. Amener les enfants à s'éveiller à cette grâce musicale sans qu'on ait l'impression que ce soit un truc élitiste ou passéiste, et sans que cela s'oppose au jazz comme on le voit dans le deuxième tome, je trouve ça extraordinaire. On le doit à Karol, qui est exceptionnel, mais aussi à Renaud et Edgar, deux grands instrumentistes que j'adore et pour lesquels j'ai par ailleurs fait office de récitant dans Le Carnaval des animaux. »
Actuellement en partance pour Vienne où il se laisse envahir par la musique d'Aram Khatchaturian, grand compositeur soviétique à l'origine de la partition de Callirohé, ballet dont il a conçu la dramaturgie avec le chorégraphe Alexeï Ratmansky, Guillaume Gallienne prépare aussi son retour au Français dans Hamlet, attendu à l'Odéon pour janvier sous la direction d'Ivo Van Hove.
Mais la musique ne le lâche pas ; « Ma mise en scène de l'opéra de Rossini La Cenerentolaest prévue pour être reprise à Garnier en juin prochain. Les orchestres m'ont toujours enchanté, j'ai d'ailleurs poussé mon fils à ///en faire ?/// - peut-être un peu trop car ça n'a pas vraiment pris, mais je l'emmène chaque année à Salzbourg et il adore l'opéra. »
Musique et liberté, même combat Les deux contes ourdis par Mathieu Laine développent l’histoire toute simple d’un roi acariâtre qui, par la musique, apprend à devenir meilleur envers ses sujets. Sachant que l’auteur enseigne à Sciences-Po Paris l’« humanité politique » et « penser les libertés au XXIe siècle », on ne s’étonne pas qu’il veuille transmettre cette histoire aux plus jeunes. À l’instar de ses illustrations charmeuses signées Louis Thomas, son apologue chante les vertus du partage et de la rigueur nécessaire à tout apprentissage à condition que la fantaisie et l’imaginaire soient de mise. « Mathieu a une détermination incroyable, c’est une main de fer dans un gant de velours », ironise Karol Beffa, qui ne s’en plaint pas « car il est du genre à entraîner les autres et à ouvrir les portes ». Sur leur lancée, les deux compères pensent déjà à la suite. Karol Beffa réfléchit aux dissonances qui, dans un troisième tome, illustreraient les mésaventures d’un « roi nu » en clin d’œil au conte d’Andersen. Mathieu Laine, lui, s’est lancé dans l’écriture d’un opéra pour enfants… « Cela s’appelle Les Saisons de la liberté et c’est, une fois encore, une façon de raisonner sur le pouvoir. » Les saisons ? « L’été serait le moment de l’épanouissement démocratique et l’automne ce moment précis où la société va moins bien, fait appel à des hommes forts… » De quoi redouter l’hiver qui pourrait ressembler à la dictature, mais en sachant bien, rassure-t-il, que « le printemps est inéluctable car les graines de liberté sont toujours plus fortes que tout ». Le Roi qui tombait amoureux, de Mathieu Laine, illustré par Louis Thomas, composé par Karol Beffa et lu par Guillaume Gallienne, Gallimard Jeunesse, 40 pages, 24,90 euros.