À Taïwan, le cimetière oublié de la « terreur blanche »
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Pierres tombales de victimes de la Terreur Blanche au cimetière de Liuzhangli, à Taipei.
LTD/Aylin Ho
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Pierres tombales de victimes de la Terreur Blanche au cimetière de Liuzhangli, à Taipei.
LTD/Aylin Ho
Du doigt, Li Kunglong pointe une parcelle de terre vide coincée entre deux pierres tombales recouvertes de mauvaises herbes. « C’est ici que mon père était enterré. » Plus d’une fois, le retraité manque de trébucher en accédant au terrain tant il est escarpé. Le cimetière de Liuzhangli est niché au cœur des montagnes qui bordent Taipei, la capitale de Taïwan. À quelques mètres des allées de sépultures propres reposent sur une colline en friche des centaines de victimes oubliées de la « terreur blanche », pendant laquelle au moins 10.000 Taïwanais furent assassinés.
Cette période marque l’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’ancienne Formose. Elle démarre par un massacre en 1947 mais prend officiellement corps deux ans plus tard, le 19 mai 1949, quand le général Tchang Kaï-chek, réfugié à Taïwan après sa défaite contre Mao Tsé-toung, y promulgue la loi martiale, qui ne sera levée qu’en 1987. Pour assurer son pouvoir, son parti, le Kuomintang (KMT), purge l’île de toute personne soupçonnée d’être communiste. Après les exécutions, les corps des prisonniers non réclamés sont envoyés au cimetière le plus proche, à Liuzhangli.
Des décennies plus tard, le site, bien que reconnu par les autorités en 2015 comme « paysage culturel » – et non comme « monument historique » –, est laissé à l’abandon. Comme un symbole de l’embarras que suscite encore la terreur blanche, sujet de division de la société taïwanaise depuis des décennies. Les intempéries au fil des années ont provoqué des glissements de terrain. Enterrés à même le sol, les corps se déplacent sous la terre, et nombre d’entre eux demeurent aujourd’hui introuvables.