LA TRIBUNE DIMANCHE – La présidence française fait des grands déséquilibres économiques le thème prioritaire de ce G7. Pensez-vous, comme elle, qu’ils menacent la stabilité mondiale ?
GILLES GRESSANI – Sur ce sujet, il faut se souvenir de la dernière conversation entre Xi Jinping et Barack Obama, quand ce dernier était en fin de mandat. Le président chinois se disait très surpris de voir une personne aussi étonnante que Donald Trump être élue à la Maison-Blanche. Obama répondit très simplement : « C’est le résultat de ce que vous avez fait à notre économie. »
Autrement dit, l’asymétrie économique que la Chine a mise en place a provoqué la dislocation de l’industrie américaine et renforcé la difficulté pour la classe moyenne de maintenir son niveau de vie. C’est ce qui a produit ce symptôme dont Donald Trump est l’expression. Mais Xi a surtout vu que l’élection de Trump allait changer la manière dont pouvait être perçue cette asymétrie.
C’est-à-dire ?
Tous les jours, le président américain incarne et met en scène la dislocation de l’ordre international alors qu’elle a été provoquée par une configuration économique beaucoup plus large. Dans la mise en récit de notre monde, nous ne regardons que les États-Unis. C’est un spectacle planétaire qui captive des milliards de personnes. Mais cela nous empêche de voir une transformation beaucoup plus profonde. Nous tombons dans ce piège qui consiste à ignorer presque tout de la Chine.
Pourquoi cette indifférence ?
Nous pensons le monde, notamment en Europe occidentale, comme celui des années 2000 alors que nous sommes plus proches de 2050. Nous ne sommes pas entrés dans le XXIe siècle si nous ne prenons pas la mesure du rôle que la Chine est en train de jouer. C’est pourquoi nous avons lancé le test dit « des trois Chinois » : « Citez-moi trois Chinois vivants dont vous connaissez le nom. » Peu y parviennent, et c’est un problème démocratique.