L’Irak, angle mort de la guerre au Moyen-Orient. La chronique de François Clemenceau
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Il faut imaginer cet avion-cargo américain transportant dans son ventre immense des palettes de billets de banque pour un montant total de 500 millions de dollars collectés dans les bunkers de la Réserve fédérale de New York. Et ce fonctionnaire du Trésor donnant l’ordre cette semaine au personnel chargé du plan de vol vers Bagdad d’annuler le transfert. Pour la deuxième fois depuis le début de la guerre en Iran, l’administration Trump a décidé d’utiliser ce levier de fourniture de cash à l’Irak pour obtenir du gouvernement de ce pays de faire pression sur les milices chiites pro-iraniennes afin qu’elles cessent leurs attaques contre les bases américaines au Moyen-Orient et les pays du Golfe.
Cela fait 23 ans que partent régulièrement des États-Unis ces milliards de dollars à destination de l’Irak. Au départ, il s’agissait de financer l’État irakien sous occupation militaro-civile américaine. Puis il fut décidé que les recettes des exportations de pétrole – 90 % des revenus budgétaires de l’Irak –, payables en dollars, seraient stockées par précaution aux États-Unis avant d’être transférées en toute sécurité auprès des autorités de Bagdad. Depuis le 28 février, ces opérations sont suspendues. L’Irak, qui a essayé tant bien que mal depuis quinze ans de ménager l’allié américain et le partenaire-voisin iranien, est pris en étau. Au risque de l’asphyxie et de l’effondrement.