Si l’ex-République soviétique a commémoré vendredi le 111e anniversaire des massacres, ses dirigeants souhaitent que ce traumatisme occupe moins de place dans le débat public.Les torches ouvrent le cortège. Lentement, la foule avance vers le mémorial de Tsitsernakaberd. Ce jeudi soir, à Erevan, ils sont des milliers de jeunes à commémorer le Medz Yeghern, nom donné par les Arméniens au génocide de 1915 perpétré par les Turcs ottomans. Cent onze ans après « la grande catastrophe » qui a fait entre 800 000 et 1,5 million de victimes, la ferveur et la douleur demeurent intactes dans le pays du Caucase.
Pourtant, au sommet de l’État, et notamment chez le Premier ministre Nikol Pachinian, on aimerait que le sujet soit un peu moins prégnant dans le débat national. Cette démarche de l’ex-République d’URSS s’inscrit dans une approche nouvelle de la politique étrangère, née après la guerre traumatique du Haut-Karabakh en 2020 contre l’Azerbaïdjan. Très affaibli, le gouvernement arménien a estimé que seule la normalisation des relations avec ses voisins permettra de sécuriser ses frontières actuelles et de regagner une certaine influence dans le Caucase et sur la scène internationale. Quitte à mettre en sourdine certaines doléances historiques.
Repenser la façon d’évoquer ce traumatisme national
Bien sûr, le génocide n’a pas été gommé de l’espace collectif. Vendredi, les autorités ont organisé des commémorations officielles, auxquelles ont participé Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, et Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, venues préparer la visite à Erevan d’Emmanuel Macron les 4 et 5 mai pour le 8e sommet de la Communauté politique européenne ainsi que le sommet UE-Arménie.