OPINION. « Les femmes à l’avant-garde des révolutions », par Aurore Bergé et Mona Jafarian
À l’occasion du 8 mars, Aurore Bergé et Mona Jafarian rappellent que l’état des libertés dans le monde se mesure à la place faite aux femmes. De l’Iran à l’Afghanistan, elles sont aujourd’hui à l’avant-garde des luttes pour la liberté, l’égalité et la démocratie.
Aurore Bergé (à gauche), ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, et Mona Jafarian (à droite), essayiste et cofondatrice de l’association Femme Azidi
Il existe une manière simple de mesurer l’état des libertés dans le monde : regarder la place faite aux femmes. Là où leurs droits avancent, les sociétés respirent. Là où ils reculent, la peur s’installe. Là où leurs corps sont contrôlés, c’est toujours les libertés qui sont menacées. Les droits des femmes n’ont jamais été un sujet périphérique de l’histoire : ils en sont la ligne de front. C’est pourquoi le 8 mars n’est pas une date symbolique. C’est une date de vigilance et de vérité. Elle nous rappelle que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis : ils sont conquis, défendus, protégés et parfois arrachés.
Partout dans le monde, des femmes continuent de lutter pour ce qui devrait relever de l’évidence : disposer de leur corps, accéder à l’éducation, vivre libres de toute violence, choisir leur avenir, participer pleinement à la vie publique. Dans trop de régions du monde, ces droits progressent encore trop lentement. Dans d’autres, ils sont frontalement attaqués. Ailleurs, ils sont méthodiquement détruits. Mais une constante traverse les époques et les continents : lorsque la liberté vacille, les femmes sont presque toujours les premières à se dresser.
Les révolutions du XXIᵉ siècle ont changé de visage. Elles ne naissent plus seulement dans les palais du pouvoir. Elles surgissent dans les rues, dans les universités, dans les chants, dans les danses, dans les gestes de désobéissance.
Le combat des femmes iraniennes nous concerne tous.
Le monde en voit aujourd’hui l’expression la plus saisissante en Iran. Depuis quarante-sept ans, la République islamique d’Iran impose un système de contrôle et de terreur : surveillance des corps, police des mœurs, arrestations arbitraires, procès iniques, intimidations, condamnations à mort, exécutions. Mais même les régimes fondés sur la peur et la violence finissent par rencontrer une force qu’ils ne peuvent contenir : le courage. Depuis 2022, ce courage porte le visage d’une jeune femme : Mahsa Amini. Arrêtée pour un voile jugé « mal porté », elle meurt trois jours plus tard en détention. Elle avait 22 ans.
Et de sa mort naît un cri qui va traverser les rues de Téhéran, les universités, les réseaux sociaux, puis bientôt le monde entier : « Femme, Vie, Liberté ». Depuis, malgré la répression, les femmes iraniennes n’ont jamais cessé de se dresser. Elles manifestent, retirent leur voile, écrivent. Elles sont arrêtées pour avoir revendiqué l’égalité. Même chanter mène en prison. Elles ont subi les viols collectifs. Et même dans la mort, leur statut de femme leur a valu les pires des exactions. Mais la répression révèle surtout la peur d’un pouvoir face à une génération qui ne cède pas.
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Les femmes iraniennes ne se battent pas seulement pour choisir de porter ou non un voile. Elles se battent pour faire tomber un régime, pour faire tomber l’islamisme, pour le droit à une société laïque où leur vie vaut autant que celle d’une femme française. Et c’est pour cela que leur combat nous concerne tous.
Lorsque les femmes avancent, les sociétés changent.
Car les droits des femmes ne sont ni occidentaux, ni orientaux. Ils ne sont ni culturels, ni relatifs. Ils ne sont ni secondaires, ni négociables. Ils sont universels. Ils doivent s’appliquer à toutes les filles, à toutes les femmes, partout dans le monde. Car ces droits ne sont pas une faveur accordée par les pouvoirs ou par les traditions : ils sont l’expression même de la dignité humaine. Et partout où cette dignité est menacée, des femmes se lèvent.
En Afghanistan, elles refusent l’effacement auquel les talibans voudraient les condamner. En Ukraine, elles participent à la défense de leur pays et de la démocratie européenne. En Amérique, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ou en Europe, elles organisent des mouvements qui transforment en profondeur nos sociétés.
Partout, la même dynamique s’impose. Les femmes ne demandent plus seulement leur place dans le monde. Elles participent à le redessiner. Lorsque les femmes avancent, les sociétés changent. Lorsque les femmes résistent, les régimes tremblent. Et lorsque les femmes prennent la tête des révolutions, la liberté finit toujours par trouver son chemin. Femme. Vie. Liberté.