Selon le directeur de la chaire Renseignement de Sciences-Po Aix, la gestion erratique du conflit par le président américain pourrait prolonger celui-ci.LA TRIBUNE DIMANCHE — Au vu des renforts militaires américains annoncés, peut-on déduire les intentions de Donald Trump ?
Serge Cholley — Une brigade de la 82e division aéroportée et deux unités expéditionnaires de Marines vont être déployées. Cela porte ce renfort entre 5.000 et 7.000 hommes. Que fait-on avec ça ? Eh bien, pas grand-chose. Surtout quand on fait face à un ennemi aussi déterminé et résilient que l’Iran, qui a su déléguer ses structures de commandement. Sans compter l’immensité du pays…
Ce serait insuffisant pour contrôler l’île stratégique de Kharg ?
Prendre Kharg, ce serait mettre la main sur le centre de gravité énergétique de l’Iran. Mais, au-delà des inconnues que comporterait une opération aéroportée pour s’en emparer, en garder le contrôle serait extrêmement risqué. Cela nécessiterait un soutien logistique et de santé. Or l’île est vraiment très proche des côtes iraniennes. Cela reviendrait à s’exposer aux tirs de missiles, aux drones. Les soldats américains subiraient les feux iraniens. Ce serait les exposer gravement que de les y envoyer.
Quelle serait l’alternative ?
Prendre une autre île, comme celle d’Abou-Moussa, qui a l’avantage d’être plus près des côtes émiraties qu’iraniennes. Cela permettrait à Donald Trump de satisfaire son ego en rapportant un scalp et de rendre aux Émiratis un îlot qu’ils revendiquent comme une récompense de leur engagement à ses côtés.