Comme tous les habitants du Liban-Sud, Noor Ali Yahia avait fini par s’habituer à ce bourdonnement permanent dans le ciel. Depuis un an et la signature du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, les drones, envoyés par l’État hébreu pour contrôler la zone et empêcher les combattants du mouvement chiite de se réimplanter dans leur fief, faisaient partie de son quotidien. Mais, mercredi, vers 6 heures du matin, c’est bien l’un de ces appareils qui a lancé deux missiles sur une voiture passant à proximité du bus qui l’emmenait à l’université.
Pour cette étudiante en troisième année de droit, touchée par des éclats et hospitalisée à Bint Jbeil pour de graves blessures à la tête et au ventre, l’armée israélienne a délibérément ignoré le risque de dommages collatéraux. « Les Israéliens sont des tueurs ! Nous n’étions quasiment que des filles dans ce bus ! Avec leurs moyens de surveillance, ils le savaient. » En 2023 et en 2024, pendant la guerre au sud, des Libanais ont en effet déjà reçu des appels de Tsahal sur leurs portables leur ordonnant de s’éloigner d’un véhicule que les Israéliens allaient viser.
L’usage illégal des drones par l’État hébreu pour surveiller et bombarder le Liban-Sud n’est pas une nouveauté. Mais, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 27 novembre 2024, leur nombre et la fréquence de leur survol du territoire ont explosé. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a déjà enregistré plus de 7500 violations aériennes et près de 2500 violations terrestres depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.