Le vieil homme a pris un stylo et dessine un croquis de son village. « Là, au coin de la rue, c'était la maison de la famille Sebta ; là, celle d'Abou 'Adi. Je les ai mémorisées avec précision. Ici, celle d'Abou Zyad... » Le schéma finit par représenter douze carrés, comme autant d'habitations syriennes détruites par des bulldozers israéliens lundi 16 juin. Puis l'agriculteur esquisse une étoile de David, symbole de l'État hébreu, en disant : « Et juste à côté des maisons, c'est le poste militaire que les Israéliens ont installé. »
Assis à l'ombre de sa terrasse couverte, l'homme préfère ne pas donner son nom. On l'appellera donc Abou Hossam. Pas question non plus d'approcher des démolitions, encore moins des soldats israéliens. Depuis leur première incursion mi-décembre dans le village d'Al-Hamidiyeh, dans la province méridionale de Quneitra, les habitants les craignent et ne sortent plus de chez eux après 19 heures : « Ils sont arrivés avec des chars et des blindés en réclamant les armes, raconte Abou Hossam. On leur a remis deux pick-up avec des kalachnikovs et des munitions abandonnées par les troupes d'Assad mais ils ont dit qu'il y en avait d'autres. On n'en a pas d'autres ! Ils ont fouillé les maisons, cassé les portes qui étaient fermées. » Le vieil homme s'emporte : « Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici ? C'est chez nous ! »