SONDAGE. Pour la première fois depuis 2022, le soutien à la fourniture d’armes à Kiev passe sous les 50 %

Sondage Ifop pour La Tribune Dimanche effectué les 18 et 19 février 2026.
LTD/REUTERS/Vyacheslav Madiyevskyy

Sondage Ifop pour La Tribune Dimanche effectué les 18 et 19 février 2026.
LTD/REUTERS/Vyacheslav Madiyevskyy
1 461. Mardi, cela fera 1 461 jours, soit très exactement quatre ans, que la guerre en Ukraine a débuté. Depuis le 24 février 2022, le visage du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s’est métamorphosé.
Aux colonnes de chars russes embourbés dans la neige, aux volontaires accourus sans équipement pour défendre leur pays, au siège dantesque de Marioupol et aux horreurs de Butcha a succédé un affrontement armé d’un genre nouveau.
S’y mêlent des pratiques archaïques – les tranchées – et d’autres futuristes – un ciel dominé par les drones, des attaques de civils et d’infrastructures énergétiques par des missiles hypersoniques.
Pourtant, et c’est le grand drame des batailles qui durent, aussi crucial et sanglant soit-il, ce conflit est devenu un refrain de notre quotidien, une macabre habitude. L’urgence de voir Kiev vaincre ne semble plus aussi impérieuse chez les Français.
C’est ce qu’indique le sondage Ifop pour La Tribune Dimanche que nous publions. Pour la première fois depuis 2022, le soutien à la fourniture d’armes à Kiev passe sous les 50 %. Certes, il reste majoritaire. Sur un an, l’effritement est aussi relatif (- 3 points). Mais il est très important comparé à 2022 (- 18 points).
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« Les Français semblent dire : il faut savoir terminer une guerre », commente Jérôme Fourquet, analyste à l’Ifop. Le député (Les Démocrates) Bruno Fuchs, président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, abonde : « Plus qu’un basculement vers des positions prorusses, cela démontre surtout une certaine lassitude. »
L’idée que le monde – et Moscou en particulier – est dangereux reste bien présente dans l’esprit des sondés. Ainsi, ils sont 58 % (contre 28 %) à approuver l’importante augmentation du budget des armées françaises. « Une manière de dire qu’il faut remplir nos arsenaux avant ceux de l’Ukraine », estime Jérôme Fourquet.

L’Ukraine, pourtant présentée par Emmanuel Macron comme le premier rempart face à la Russie, n’est donc plus la seule priorité. La moindre présence du conflit dans les médias y contribue sans doute. Dans un monde placé sous électrochoc par Donald Trump, l’Iran, le Venezuela ou le Groenland ont récemment éclipsé le conflit ukrainien. De facto, les mouvements sur la ligne de front semblent être perçus comme des épiphénomènes qui ne changent pas la dynamique du conflit.
Pourtant, depuis qu’Elon Musk a décidé début février de priver les Russes de Starlink, Kiev affirme avoir récupéré 300 kilomètres carrés de territoire, ce qui serait du jamais-vu depuis 2023. Malgré tout, « le sentiment des Français, et c’est notre approche depuis longtemps, est qu’aucun des deux camps n’est en mesure de l’emporter et que cette guerre ne se réglera pas par les armes », affirme Bruno Fuchs.
Sortir de la guerre, oui, mais par quels moyens ? Les négociations menées par les Américains patinent. Cette semaine à Genève, elles ont été brusquement écourtées en raison de trop grandes divergences entre les parties. Les discussions sont d’autant moins productives que l’administration Trump est toujours aussi inconstante.
Ces derniers mois, elle semblait revenue à une position plus équilibrée, prenant en compte les avis de Kiev et des Européens. Mais, selon les récentes confidences de Volodymyr Zelensky à l’AFP, Washington paraît s’aligner à nouveau sur la Russie, en exigeant de l’Ukraine qu’elle abandonne les 20 % du Donbass qu’elle détient encore.
Si un cessez-le-feu venait malgré tout à être signé, comment s’assurer que Moscou n’en profiterait pas pour réorganiser son armée dans le but de lancer une nouvelle offensive ? C’est la question qui occupe la coalition des volontaires, ces pays prêts à garantir la sécurité de l’Ukraine, qui se réunira en visioconférence mardi. 40 % des sondés sont d’accord (43 % contre) pour que la France prenne sa part en envoyant des soldats sur zone.

Seulement, pour une large majorité, cette contribution ne doit se faire que si les États-Unis participent aussi, ce qui est loin d’être acquis. Pas sûr non plus que les Français approuvent la dernière requête du président ukrainien. Dans le même entretien à l’AFP, il demande que ces troupes soient déployées près de la ligne de front, ce qu’a toujours exclu la coalition des volontaires.

Au-delà de l’Ukraine se pose aussi la question de la relation, présente et future, à la Russie. Contrairement à la majorité de ses homologues européens, Emmanuel Macron s’est dit prêt à réengager le dialogue avec Vladimir Poutine. Une initiative approuvée par une petite majorité des sondés (53 %). « La démarche du président est la plus réaliste, plaide Bruno Fuchs. Après, cela ne doit se faire que si on en tire un bénéfice politique. »