Pour contenir les effets du conflit au Moyen-Orient sur les finances publiques, Bercy envisage de geler le barème des allègements de charges patronales calculés en référence au salaire minimum.
EXCLUSIF. Dans un courrier adressé à Sébastien Lecornu, et consulté par « La Tribune Dimanche », les principaux mouvements d’employeurs rejettent l’idée de Bercy d’un gel de l’allègement des charges sur les salaires, qui alourdirait le coût du travail.
« Au vu de la conjoncture, ce n’est pas le bon moment pour prendre de telles décisions. » Dans une lettre adressée à Matignon et à d’autres membres du gouvernement, vendredi 15 mai, les présidents du Medef, de la CPME, de l’U2P, de la FNSEA et de l’Udes expriment leur désaccord sur une piste d’économies poussée par Bercy pour contenir les effets du conflit au Moyen-Orient sur les finances publiques : geler le barème des allègements de charges patronales calculés en référence au salaire minimum.
Le smic devant augmenter automatiquement au 1er juin prochain de 2,4 % en raison de l’inflation, la facture des allègements de charges patronales devrait aussi être plus lourde pour les finances publiques… sauf si Matignon applique ce gel et s’offre ainsi une économie de près de 2 milliards d’euros. « Il y aurait donc bien une double peine pour les entreprises et donc pour l’emploi, à savoir payer des salaires plus élevés et des cotisations patronales en hausse », écrivent les cinq organisations dans un courrier consulté par La Tribune Dimanche.
« Alourdir le coût du travail reviendrait à fragiliser encore davantage les conditions de la croissance, de la souveraineté et de l’emploi. Le redressement des finances publiques est une nécessité. Mais il ne peut se faire en frappant le travail, la production et la création de valeur », ajoutent les présidents de ces structures, qui rappellent les efforts déjà réalisés sur ce point en 2024 puis 2025.
Quelques jours plus tôt, c’est le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) qui a aussi rejeté l’idée d’une telle mesure. Selon lui, celle-ci coûterait sur une année pleine plus de 170.000 euros de masse salariale supplémentaire pour une ETI industrielle type.
Patrick Martin, Amir Reza-Tofighi, Michel Picon, Arnaud Rousseau et David Cluzeau à Sébastien Lecornu (Crédits : LTD/DR)
Contexte économique tendu
Les organisations patronales brandissent la menace de suppressions d’emplois face à cette nouvelle facture, dans un contexte économique tendu, entre une croissance nulle au premier trimestre 2026 et l’inflation des matières premières en raison du conflit au Moyen-Orient.
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« Lors de la crise énergétique de 2022 liée à la guerre en Ukraine, les entreprises avaient encaissé le choc et se permettaient même de faire de la rétention de main-d’œuvre. Mais, en 2026, elles n’en ont plus les moyens. Leurs marges sont rognées par l’inflation, et la demande est faible. Pour le marché du travail, c’est un mauvais cocktail. Nous sommes dans une période où les entreprises ajustent plus vite », commente Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode.
Un changement de braquet non sans importance à l’heure où le taux de chômage vient de franchir le cap symbolique des 8 % au premier trimestre 2026. Selon l’Insee, le taux de chômage atteignait fin mars 8,1 % de la population active, soit une hausse de 0,2 point par rapport au trimestre précédent, et de 0,7 point sur un an.
« Quoi qu’il arrive, le taux de chômage va augmenter jusqu’à la fin de l’année. La hausse actuelle est liée à la conjoncture économique du début d’année, tandis que les effets du conflit au Moyen-Orient se feront ressentir au deuxième, voire au troisième trimestre », alerte l’économiste. La promesse d’Emmanuel Macron du plein-emploi et ses 5 % de taux de chômage d’ici à 2027 est désormais une utopie.