LA TRIBUNE DIMANCHE – Dans Innovation2 (Anne Carrière, 2026), vous appelez les grands groupes à repenser radicalement leur façon d’innover. Pourquoi une telle urgence ?
PAUL-FRANÇOIS FOURNIER – Nous vivons un moment charnière. L’intelligence artificielle est une rupture technologique qui transforme tous les secteurs. Mais d’autres ruptures arriveront dans les prochaines années, comme l’informatique quantique. Dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, la capacité des grands groupes à innover pour ne pas subir ces mutations va devenir cruciale. Pour leur propre compétitivité bien sûr, mais aussi pour que la France reste une grande puissance.
Les grands groupes français sont-ils à la traîne en matière d’innovation ?
En tout cas ils peinent à renouveler leurs pratiques. Une des solutions est de repenser totalement la collaboration avec les start-up, qui sont aujourd’hui les entreprises qui innovent le plus. Celles qu’on appelle les « deeptechs » [les innovations de rupture issues des laboratoires dans tous les domaines] représentent déjà environ 20 % des dépenses en recherche et développement [R&D] en France. Ce chiffre a presque doublé en dix ans. Mais ces start-up ont besoin de financements et de partenariats commerciaux et industriels pour survivre. Et les grands groupes leur en fournissent encore trop peu, à leur détriment.