ENTRETIEN – Le chercheur, qui s’apprête à quitter ses fonctions, alerte sur les conséquences des restrictions budgétaires.LA TRIBUNE DIMANCHE – La méfiance envers la science s’accroît en France. Comment l’expliquez-vous ?
ANTOINE PETIT – Les enquêtes d’opinion démontrent que les chercheurs restent l’une des professions en lesquelles nos concitoyens ont le plus confiance. Mais une minorité anti-science, très organisée, réussit à se faire entendre bien au-delà de son poids réel. La France est très touchée par ce phénomène, peut-être parce qu’une partie de nos élites manque de culture scientifique.
Comment le contenir ?
C’est un combat essentiel pour le CNRS. Notre rôle ne consiste évidemment pas à imposer une pensée, mais à fournir des connaissances. Quand on me dit que la Terre est plate – et 16 % des moins de 20 ans le pensent, selon plusieurs études –, je ne me contente pas de dire que c’est faux. J’explique comment la science a fait la preuve qu’elle ne l’est pas.
Certains chefs d’entreprise estiment que les réseaux sociaux menacent la démocratie. Est-ce votre avis ?
Je préfère rester optimiste. Ils créent des bulles informationnelles où certains s’enferment. Et il existe des fake news dangereuses. Mais je vois aussi ces plateformes comme un soutien potentiel à la démocratie, en permettant de connecter leurs usagers de façon inédite.
Le problème majeur, c’est l’éducation. Nous sommes encore dans une phase d’apprentissage. Il faut enseigner l’informatique aux jeunes dès le collège, notamment pour leur donner les moyens de vérifier une information. Une fake news n’est pas si compliquée à démasquer si on en a l’envie et les outils. La science doit rester une source de connaissances. Pas de militantisme.