Licencié brutalement par l’administration Trump, Kartik Sheth, l’ex numéro 3 de la direction scientifique de la NASA, s’installe à Marseille pour poursuivre ses recherches et contribuer au développement d’un écosystème gage de souveraineté pour la France. Entretien.LA TRIBUNE – Dans quel contexte avez-vous quitté l’agence spatiale américaine au printemps dernier ?
KARTIK SHETH – Le 10 mars dernier, lors d’une réunion, nous avons appris la suppression de deux bureaux - le Bureau du Scientifique en chef et le Bureau de la Stratégie, de la Technologie et des Politiques- situés au sommet de la NASA. Nous fournissions à l’administration des conseils en matière de stratégie et d'élaboration de politiques fondées sur des preuves. Nous ignorons la raison de cette fermeture qui a entraîné le licenciement de seize employés. D'autre part, 4 000 personnes ont volontairement quitté la NASA depuis la suppression de nos bureaux. C'est donc fondamentalement un endroit très différent maintenant.
Quel était votre rôle au sein de la direction scientifique de la NASA ? Pensez-vous que vos recherches ont pu jouer un rôle dans votre licenciement ?
Aucune de mes recherches n’a été controversée. En tant que scientifique en chef adjoint de la NASA, c'est-à-dire numéro trois du domaine scientifique de l’agence spatiale, j’essayais de créer une politique à l’échelle de la NASA sur la manière dont nous rendions nos données et travaux scientifiques accessibles au public. Mon travail consistait à superviser différents services chargés de fournir à l'administrateur des conseils impartiaux sur toute décision concernant la science au sein de l'agence. Pas seulement au sein de la direction des missions scientifiques, mais aussi plus largement de la science lorsque nous allons sur la lune, lors de l’arrivée à la station spatiale, pour de la technologie spatiale. Notre bureau avait une sorte de vue omnisciente.
Depuis, vous êtes lauréat de Choose France et du programme Safe place for science de l’Université d’Aix-Marseille et allez donc rejoindre le Laboratoire d’astrophysique de Marseille. Quelles opportunités s’ouvrent à vous ?
C’est une opportunité incroyable. Je suis très reconnaissant. Je pense que c'est vraiment l'occasion pour nous de redoubler d'efforts pour créer des partenariats de long terme, où les chercheurs viennent ici pour trois ou six mois, à plusieurs reprises afin de développer une relation véritablement fondée sur la confiance où la science américaine et la science française pourront se renforcer et grandir ensemble. Cela nous permet d'échanger des valeurs et des idées, de créer une science ouverte, vous savez, simplement de créer une société plus démocratique, un monde plus pacifique. J'ai dit au président Emmanuel Macron, au ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, Philippe Baptiste et au président d’AMU Eric Berton que la science n'est pas l'apanage d'un individu ou d’un pays. Nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes, mais nous sommes plus forts lorsque nous travaillons ensemble.