OPINION. « Dans un monde sous l’influence de l’IA, il faut apprendre plus et autrement », par Flavien Reille, président de Theia

Flavien Reille, président de Theia.
LTD/DR

Flavien Reille, président de Theia.
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L’intelligence artificielle générative a pris une place croissante dans nos vies, et quoi que l’on en pense, elle est désormais massivement utilisée, en premier lieu par les jeunes. Selon une étude IPSOS BVA pour Theia publiée en mai dernier, 80 % des 18-24 ans y ont recours au moins une fois par semaine, et près d’un jeune sur deux l’utilise quotidiennement.
On peut le déplorer, mais restreindre l’usage de l’IA est autant un vœu pieu qu’un choix contre-productif. Face à cette révolution technologique, l’enjeu est d’en prendre le tournant, et d’adapter notre système éducatif à cette nouvelle donne.
Accusés de tous les maux — ne plus savoir réfléchir, ne plus vouloir apprendre, aller vers la facilité en ayant recours à l’IA — y compris par des actifs qui utilisent eux-mêmes massivement l’IA, les jeunes sont en réalité parfaitement lucides sur les défis posés par l’IA, et sur l’importance des apprentissages.
Selon l’étude précitée, 64 % des jeunes interrogés réfutent l’idée qu’il devient moins important de se former avec l’arrivée de l’IA, et 69 % déclarent vouloir apprendre encore plus qu’avant pour se différencier d’elle. Loin de la démission intellectuelle qu’on leur prête, ils souhaitent comprendre et maîtriser les sujets, là où la machine ne peut que produire.
Nous sommes face à un vrai changement de société dont nous devons prendre toute la mesure. Les compétences de demain seront celles qui permettent de réellement se différencier de l’IA : esprit critique, leadership, créativité. Et pour les développer, il convient de transformer aussi nos modes d’évaluation. Pour ce faire, on ne peut plus se contenter de demander une restitution de connaissances.
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On doit aussi et surtout évaluer la capacité des élèves à raisonner, comprendre, critiquer et créer. Là encore, le point de vue des principaux intéressés est sans appel : 2 jeunes sur 3 interrogés par IPSOS BVA estiment que les examens ne reflètent pas leur niveau réel. Et la perte de confiance dans les examens est souvent synonyme de démotivation.
L’irruption de l’IA implique tout d’abord une révolution docimologique. Concevoir des sujets qui évaluent le raisonnement et le cheminement intellectuel plutôt que la seule restitution de connaissances — 86 % des jeunes y verraient une mesure efficace pour rendre les examens plus justes.
Privilégier le contrôle continu, autoriser les ressources documentaires en concentrant l’évaluation sur l’analyse et le jugement, ou encore former les étudiants à utiliser l’IA de façon transparente et encadrée plutôt que de l’interdire sont autant de pistes d’évolution qui permettraient d’avancer dans la bonne direction.
La transformation doit ensuite être technologique, sans diminuer nos exigences. L’examen sur ordinateur peut être un outil puissant de lutte contre la fraude et un vecteur d’équité : anonymat garanti, sujets plus proches des situations réelles de travail, vérification de l’usage éventuel de l’IA. Mais le présentiel surveillé, y compris sur ordinateur, reste un standard essentiel de crédibilité pour les examens les plus sensibles.
Les universités américaines où les accusations de triche à l’IA se multiplient l’ont bien compris. Princeton vient même de modifier son code d’honneur vieux de 133 ans pour réintroduire la surveillance obligatoire à tous les examens en présentiel.
Plus largement, le débat qui est devant nous doit porter sur la préservation de la valeur des diplômes. Faisant écho aux barons de la tech, à l’instar d’Elon Musk, qui proclament déjà le caractère inutile des études supérieures face aux progrès rapides de l’IA, 58 % des jeunes interrogés pensent qu’il n’est pas indispensable d’être diplômé pour réussir.
Ce chiffre est un véritable signal d’alarme pour notre système éducatif. Proposer des examens fiables, reflétant le vrai niveau des élèves, c’est maintenir un haut niveau d’exigence académique et garantir que le diplôme reste un gage de qualité, tant pour les employeurs que pour les étudiants eux-mêmes.