LA TRIBUNE DIMANCHE – Comment l’Europe peut-elle lutter pour inverser son décrochage économique face aux États-Unis, dont le taux de croissance a atteint 4,3 % au troisième trimestre 2025, contre 0,3 % dans la zone euro ?
PHILIPPE AGHION – En misant sur un facteur décisif : l’innovation. La puissance des États-Unis repose essentiellement sur leur avance technologique, qui se manifeste dans le secteur de la tech comme dans les innovations dites « de rupture » – dans l’IA, bien sûr, mais aussi dans le numérique et les biotechnologies. Cette domination s’exerce aussi bien dans les échanges commerciaux que dans la maîtrise des chaînes logistiques, tout en attirant plus facilement l’épargne étrangère pour financer à la fois leurs entreprises innovantes et leur dette. Mais la partie n’est pas jouée.
Le retard pris par l’Europe en matière d’innovation n’est-il pas irréversible ?
La faiblesse de l’Union européenne est indéniable. Mais la première étape pour lutter contre ce décrochage consiste justement à sortir du déni pour reconnaître sa réalité. On peut s’insurger contre les multiples attaques anti-européennes qui figurent dans le document publié début décembre par Washington sur la stratégie de sécurité nationale, mais le fait demeure : nous payons aujourd’hui le prix de notre déclin. Nous le payons même très cher, puisque la voix de l’Europe n’est plus audible mondialement.
Il est urgent qu’elle se ressaisisse. Encourager l’innovation pour en devenir un acteur important est encore possible. Nous avons tous les atouts nécessaires. Tant en France que dans l’Union européenne. Notamment la capacité d’attirer des chercheurs, américains en premier lieu. Dans cette perspective, il est crucial que la France se dote d’un budget au plus vite : le pays peut être l’un des piliers du redressement européen. À condition de redresser ses finances publiques.