Philippe Aghion, pionnier de la croissance par l’innovation, reçoit le Nobel d’économie

Philippe Aghion s’est vu attribuer ce prix aux côtés de l’Américano-Israélien Joel Mokyr, et au Canadien Peter Howitt.
CP/SAA/ - REUTERS - Charles Platiau

Philippe Aghion s’est vu attribuer ce prix aux côtés de l’Américano-Israélien Joel Mokyr, et au Canadien Peter Howitt.
CP/SAA/ - REUTERS - Charles Platiau
« Ce que je souhaite, c’est un capitalisme qui soit à la fois innovant comme aux États-Unis et protecteur comme en Europe. » Cette phrase que Philippe Aghion a prononcée dans un entretien accordé à La Tribune en 2021 résume toute la pensée du nouveau prix Nobel d’économie. Une consécration pour cet économiste né à Paris en 1956 d’un père un intellectuel, proche du Parti communiste et d’une mère fondatrice de la maison de couture Chloé.
Cette distinction lui a été attribuée, ainsi qu’à l’Américano-Israélien Joel Mokyr, et au Canadien Peter Howitt, pour avoir développé un modèle mathématique décrivant le processus de « destruction créatrice ». Cette théorie développée par Joseph Schumpeter explique que l’arrivée sur le marché d’un produit nouveau et meilleur évince les entreprises qui vendent les produits plus anciens.
Un classique de la littérature économique que le Français a remis au goût du jour en analysant l’écart de richesse qui s’est creusé entre les États-Unis et la zone euro depuis les années 1980.
À l’occasion de la remise de sa distinction, l’économiste qui se définit comme un « social-démocrate convaincu » a rappelé les conclusions de son travail. « La raison principale [du décrochage de la France] est que nous n’avons pas réussi à mettre en œuvre des innovations technologiques majeures. Nous sommes restés cantonnés à des avancées technologiques moyennes, ce qui correspond tout à fait [à ce qu’explique] le rapport Draghi, car nous ne disposons pas des politiques et des institutions adéquates pour innover dans le domaine des hautes technologies », a-t-il expliqué.
Un bilan sévère mais fruit d’une analyse de plusieurs décennies. C’est dès leur sortie de Harvard en 1987 que Philippe Aghion et Peter Howitt élaborent un nouveau modèle de croissance basé sur l’innovation comme moteur interne du développement économique. Une théorie qui lui fait dire que la croissance d’un pays vient de sa capacité à laisser ses entreprises innover… ce qui a manqué à l’Hexagone ces dernières décennies selon les auteurs.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Sa vision rappelle le concept de start-up nation développé par Emmanuel Macron lors de son premier mandat. Un projet, cher au cœur du Président, visant à favoriser l’innovation et les jeunes entreprises disruptives pour permettre à l’Hexagone de rattraper son retard sur ses voisins.
Une concordance de points de vue qui ne doit rien au hasard. Après avoir participé en 2007 à la commission Attali sur la croissance française, puis aidé à l’élaboration du programme économique de François Hollande en 2012, l’économiste a conseillé et influencé Emmanuel Macron lors du début de son premier mandat avant de s’en éloigner.
Promoteur d’une amélioration du système éducatif et du ciblage de l’épargne sur les start-up, il s’est également beaucoup investi dans le « front économique » l’année dernière. Cet événement organisé par Rexecode et le Medef en octobre dernier a rassemblé plusieurs économistes et chefs d’entreprise pour travailler sur plusieurs chantiers économiques majeurs afin de préparer la France de 2030.
En dehors de ses engagements en faveur de la politique française, Philippe Aghion a été professeur à Harvard, au MIT ou encore à Oxford, avant d’obtenir en 2015, une chaire au Collège de France. Il est également professeur à l’Institut européen d’administration des affaires (Insead) et a formé certains jeunes économistes comme Antonin Bergeaud qui a reçu le prix du meilleur jeune économiste en 2025 pour ses travaux sur l’intelligence artificielle.
Cette renommée lui a permis de peser dans le débat public, notamment il y a peu sur le sujet de la Taxe Zucman. Lors d’un entretien organisé par France Digital, alors que l’économiste plébiscité par la gauche défendait son impôt minimum à un taux de 2 % sur les plus fortunés, Philippe Aghion lui a répondu que si cette taxe « n’est instaurée qu’en France, la tentation de l’exil sera forte. »
Ce, avant de proposer des alternatives comme une contribution différenciée sur les très hauts patrimoines en excluant l’outil de travail, la taxation des ressources non productives logées dans des holdings familiales, le rétablissement de l’ISF ou encore une taxe Zucman réduite à 0,5 %, avec exonération pour les entreprises de moins de dix ans.