Claude Bébéar, fondateur d’Axa et patron des patrons, est mort à 90 ans

Le fondateur d’Axa est mort, à 90 ans.
LTD/AFP

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C’était l’un des symboles du nouveau capitalisme français. Celui né au tout début des années quatre-vingt. Un conquérant d’un nouveau style, qui a su bouleverser les règles en place depuis des décennies, dans le milieu alors très corseté des grands capitaines d’industrie tricolores. Au point de signer une réussite inégalée : la construction, en moins de deux décennies à partir de deux modestes acquisitions initiales, d’un champion mondial, de surcroît dans le secteur très fermé de l’assurance.
Claude Bébéar, mort le 4 novembre à l’âge de 90 ans, dont l’arrière-grand-père était un enfant trouvé, le grand-père facteur et le père instituteur, s’est écrit une légende de briseur de codes. Tout à la fois corsaire, chasseur et chef de bande. Polytechnicien, reçu quatrième au concours, il en sort pourtant avant-dernier du classement, pour avoir été « kessier », c’est-à-dire essentiellement préposé à… l’organisation des fêtes de sa promotion.
À la recherche d’un poste, ce provincial né en Dordogne rejoint une petite compagnie d’assurances de Belbeuf (Seine Maritime), les Mutuelles Unies, dirigée par le père de l’un de ses ex-condisciples de l’X. Un choix dont il racontait volontiers qu’il déroutait dans son milieu : « À mon mariage, une invitée m’a dit, perplexe, ‘Je vous croyais diplômé de Polytechnique, mais on me dit que vous êtes dans les assurances’». Une anecdote qui le faisait toujours s’esclaffer, des décennies plus tard.
Ses futurs adversaires, eux, ont dû le prendre au sérieux, y compris à leur corps défendant. Car si ce bon vivant, amateur de grands vins, de rugby et de virées entre copains, a patienté seize ans avant de succéder au patron des Mutuelles Unies, André Sahut d’Irizarn, il n’a pas perdu de temps ensuite. À son tableau de chasse, Drouot, arraché à l’époque à Bouygues, après, déjà, une bataille âprement disputée. C’est la naissance d’Axa, en 1985.
Un nom choisi pour être le premier dans l’ordre alphabétique et prononçable dans toutes les langues. Pionnier de la cohésion corporate, appuyé par sa DRH Françoise Colloc’h, Claude Bébéar, père de trois enfants, multiplie les innovations pour insuffler l’esprit d’équipe à ses troupes. Beaucoup de vétérans se souviennent encore de séminaires exotiques au bout du monde, précurseurs d’événements de « team building », activités extrêmes comprises. Au dehors, ces méthodes suscitent quelques sarcasmes et un peu de méfiance, envers une entreprise parfois qualifiée de secte.
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Peu lui importe. La conquête se poursuit, sur tous les continents. La Providence, Le Secours, la Compagnie du Midi – théâtre d’un duel spectaculaire entre « CB » et Bernard Pagézy, le PDG de sa cible. Puis The Equitable, aux États-Unis, en 1991. Un épisode marqué pour lui par un grave accident cardiaque. Mais cet exploit le propulse sur la scène internationale et lui vaut le surnom de « Crocodile Claude ». D’autres acquisitions suivent, en Grande-Bretagne, en Australie et jusqu’au Japon. Avant son plus beau coup : le rachat d’UAP, en 1996, ex-entreprise publique récemment privatisée. Mission accomplie : Axa figure désormais parmi les plus grands groupes mondiaux du secteur.
Parallèlement, son fondateur a lancé en 1984 le plus puissant club patronal de son temps : Entreprise et Cité. Parmi ses membres, les plus grands noms d’une génération de dirigeants bien plus agressive et médiatique que les précédentes : Bernard Arnault, Jean-René Fourtou (Rhône-Poulenc et Vivendi), Vincent Bolloré, David de Rothschild, Michel Pébereau (BNP Paribas), Henri Lachmann (Schneider Electric), Pierre Bellon (Sodexo)…
« On peut dire sans exagérer que, pendant vingt-cinq ans, le capitalisme français s’est fait et défait autour de cette table », a confié Vincent Bolloré au journaliste Christophe Labarde, auteur du livre « Les Grands Fauves ». Avant de créer le think tank indépendant Institut Montaigne, en 2001, de multiplier les initiatives dans le mécénat et de défendre, entre autres causes sociales, le CV anonyme.
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En 2000, Claude Bébéar laisse les rênes du groupe à son successeur, ex-directeur financier du groupe, Henri de Castries. Huit ans plus tard, il abandonne également la présidence du conseil de surveillance. Axa, premier assureur européen, dirigé aujourd’hui par Thomas Buberl, emploie 34.000 personnes dans 50 pays, compte huit millions de clients. Sa capitalisation boursière dépasse les 80 milliards d’euros. L’une des phrases-fétiches de son fondateur ? « Sans assureur, il n’y aurait jamais eu de gratte-ciels ».
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