Concentration des médias : Vincent Bolloré assure qu’il ne fait « pas de politique »

Interrogé ce mercredi par la Commission d’enquête du Sénat sur la concentration dans les médias, le chef de file de Vivendi, la maison mère de Canal+ et de CNews, a affirmé que son projet était « purement économique ». Esquivant les questions sur son rôle politique, il a cherché à minimiser la puissance de son groupe, qu'il a qualifié de « nain » par rapport à la concurrence américaine ou chinoise, et a assuré que son ambition se bornait à bâtir un champion français de la culture. .
Pierre Manière

5 mn

Vincent Bolloré estime que le secteur des médias « peut gagner beaucoup d’argent ».
Vincent Bolloré estime que le secteur des médias « peut gagner beaucoup d’argent ». (Crédits : Reuters)

C'est peu dire que son audition était attendue. Ce mercredi, Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi (Havas, Canal+, CNews) était auditionné par la Commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias. Alors que ce phénomène inquiète la sphère politique, journalistique et le grand public, la boulimie d'acquisitions de l'homme d'affaires breton inquiète autant qu'elle interroge. Vivendi a récemment lancé une OPA sur Lagardère, qui détient l'éditeur Hachette et des médias influents comme le JDD, Paris Match, et Europe 1. Il a également mis la main sur les magazines du groupe Prisma (Capital, Femme actuelle, Geo ou Voici). Il y a peu, il a également formulé une offre pour Le Figaro, même si la famille Dassault, qui possède le quotidien de droite, refuse aujourd'hui de vendre.

Ce sont surtout les vraisemblables desseins politiques de Vincent Bolloré qui suscitent des craintes. Sous sa coupe, CNews s'est transformée en très droitière chaîne d'opinion. Elle fait notamment la part belle aux idées d'Eric Zemmour. Le polémiste d'extrême droite a longtemps été son chroniqueur vedette, avant qu'il ne se porte candidat à la présidentielle. D'autres médias contrôlés par Vivendi, comme Canal+ ou Europe 1, ont aussi fait l'objet de brutales mises au pas. A chaque fois, des voix se sont élevées pour dénoncer l'interventionnisme de Vincent Bolloré sur la ligne éditoriale, comme la mise à l'écart de chroniqueurs, journalistes ou humoristes critiques à son égard.

Voilà le contexte épineux et électrique dans lequel les sénateurs auditionnaient le puissant homme d'affaires breton. Le rapporteur de la commission d'enquête, le socialiste David Assouline, a d'emblée demandé à Vincent Bolloré pourquoi il construisait « un tel empire médiatique » dans l'Hexagone. Réponse de l'intéressé : « C'est un projet purement économique. » Pourquoi ? « Parce que c'est un secteur qui peut gagner beaucoup d'argent, a-t-il lancé. Dans le monde, le secteur des médias est le deuxième secteur le plus rentable après le luxe. » En outre, si son projet était « politique », le segment de l'information, chez Vivendi, est aujourd'hui « absolument insignifiant », a-t-il déclaré. Vincent Bolloré s'est notamment fendu d'une « slide » montrant que CNews, sur le front de l'information à la télévision, affichait une audience très faible au regard de celles de TF1, de France 2, de M6 ou encore de BFMTV.

Concernant les remaniements au sein de ses médias, leur orientation très droitière, et la place d'Eric Zemmour sur CNews, l'homme d'affaires a botté en touche. « Zemmour, il passe sur la 6, au Figaro, et il était sur I-Télé avant que j'arrive », s'est-il défendu. Il était bien connu avant que je ne le rencontre, il vendait des centaines de milliers de livres, et était sur toutes les autres chaînes. » Vincent Bolloré a, en plus, affirmé qu'il n'avait « pas le pouvoir de nommer qui que ce soit sur [ses] chaînes »« Ma  capacité personnelle à aller imposer des choses n'est pas très importante », a-t-il déclaré. Reste, selon lui, qu'Eric Zemmour a « le droit de s'exprimer ». « Son programme ne me regarde pas, je n'ai jamais fait de politique, et je ne fais pas de politique », a-t-il enchaîné.

« CNews est une chaîne de débats »

A en croire Vincent Bolloré, CNews n'est pas une chaîne d'opinion. « C'est une chaîne de débats », a-t-il précisé. D'après lui, « toutes les expressions [politiques, Ndlr] sont représentées sur [ses] différentes antennes ». Avant de fustiger le « fantasme » des desseins politiques et idéologiques que beaucoup lui prêtent, et de balayer les accusations de « propagande ».

Ses propos, David Assouline ne s'est pas privé de les critiquer directement. « Vous dites que vous ne vous souciez en rien des lignes éditoriales [de vos médias, Ndlr], vous ne m'avez pas convaincu », a lancé le sénateur. Il a également taclé Vincent Bolloré qui se refuse « à condamner les propos d'Eric Zemmour », qui a encore, il y a quelques jours, été condamné pour « provocation à la haine » après une sortie, en 2020, sur les mineurs isolés étrangers.

« Le géant Vivendi, en réalité, c'est un petit nain »

Pendant son audition, Vincent Bolloré n'a pas ménagé ses efforts pour systématiquement tout ramener sur son terrain favori : celui du business. Concernant sa brutale mise au pas de Canal, « certains disent, [Vincent Bolloré] intervient dans les contenus, c'est affreux », a-t-il lâché. Mais d'après lui, il n'a été nullement question « d'interventionnisme ». Le problème, « c'est que Canal perdait 400 à 500 millions d'euros par an », et qu'il fallait, dit-il, « faire des économies » pour sortir le groupe de l'impasse.

A l'heure où le poids de Vivendi dans le paysage médiatique suscite des craintes, Vincent Bolloré a minimisé son « empire ». « Le géant Vivendi, en réalité, c'est un petit nain », a-t-il affirmé, comparant son groupe aux mastodontes mondiaux du secteur que sont Apple, Amazon, Tencent, Disney ou encore Netflix. Face à cette concurrence américaine et chinoise, son ambition, promet-il, est de bâtir un champion français de la culture, capable d'exporter ses contenus et ses talents à l'international. Pas de quoi, pour autant, lever les interrogations et les inquiétudes sur ses intentions comme sur ses objectifs, alors que la présidentielle se rapproche à grands pas.

Pierre Manière

5 mn

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Commentaires 21
à écrit le 21/01/2022 à 22:09
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Le business de la vérité, c'est intéressant comme concept.

à écrit le 21/01/2022 à 12:59
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Je ne comprends pas : le journal Les Echos est ouvertement pro macron et là ça ne choque personne apparemment ! En quoi le fait qu'un des milliardaires des médias (un seul) ne soit pas pro gouvernement cela menace t il la démocratie ? On se fout vrai...

à écrit le 20/01/2022 à 19:42
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Avec ce type de personnage, en affaire les vérités sont de mensonges et inversement.

à écrit le 20/01/2022 à 18:08
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La presse est un porte-voix. D'accord, il ne fait pas de politique, mais rien ne l'empêche de mettre son porte-voix au service du prétendant qui lui plait. C'est moins voyant qu'un yacht! Enfin! Hum!... Personne n'y perdra: ni le patron, ni les journ...

à écrit le 20/01/2022 à 14:12
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Qu'il existe une stratégie politique, complément pensée et cohérente,on peu le subodorer, mais cela reste difficile à prouver... pour l'instant. En revanche, que les principales décisions s'inscrivent dans une cohérence politique, cela me semble saut...

le 20/01/2022 à 16:16
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C'est pour cette raison que le Général de Gaulle avait l'intention de faire disparaitre le Sénat . Mais les Sénateurs centristes ont été plus fort en faisant trébuché le Général lors du référendum .

le 20/01/2022 à 18:14
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Dans mon premier commentaire, à propos de M. E. Zemmour, j'ai écris: "Qui finance les (chères) campagnes électorales de ce candidat? Apparemment, pour le moment, personne ne cherche à savoir.Voila du travail pour les journalistes... d'investigation."...

à écrit le 20/01/2022 à 10:21
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Quand un ou des médias sont en activité, c'est forcement politique et n'agissent qu'en fonction d'un cash entrant! Qui peut aussi bien être une subvention accordée ou refusée!

à écrit le 20/01/2022 à 9:56
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Bolloré n'a aucune conscience politique. Son but est de drainer l'argent de la pub pour faire tourner ses boutiques.

le 20/01/2022 à 12:06
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Faire tourner en rond la pub dans son biz certes mais il vient et connaît l'influence.. le réseau.. l'occulte.. la pression... la caisse noire.. eh puis faut toujours qu'a un moment les plombs sautent et que la démence l'emporte.. combien se sont cru...

le 20/01/2022 à 12:06
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Faire tourner en rond la pub dans son biz certes mais il vient et connaît l'influence.. le réseau.. l'occulte.. la pression... la caisse noire.. eh puis faut toujours qu'a un moment les plombs sautent et que la démence l'emporte.. combien se sont cru...

à écrit le 20/01/2022 à 9:53
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90% des médias sont à l ordre du politiquement correct, tout doucement de l ´idéologie woke, du racialisme, de la mondialisation et de l immigration a tout va. Bolloré amène une ouverture d’esprit qui gêne évidemment les gauchos qui ne supportent pas...

à écrit le 20/01/2022 à 9:37
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Mais non voyons tout est de la faute d'internet, je l'ai encore entendu hier sur arte. La télévision elle est forcément respectable et porteuse de vérités c'est bien connu... L'avantage quand même est qu'avec le renouvellement des générations cette c...

à écrit le 20/01/2022 à 9:18
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Bravo…qu il continue ainsi à faire les écuries dans cette presse merdiatique islamo gausciste totalitaire. La doxa progressiste universaliste a corrompu tous les organes et espaces democratiques. Il faut un grand reset. Quant aux dhimmis ils en sont...

le 20/01/2022 à 10:47
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Voilà pourquoi Zemmour n'a aucune chance de gagner, merci.

à écrit le 20/01/2022 à 9:08
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Au moins avec les médias du groupe Bollorė les journalistes abordent des questions que d’autres oublient d’évoquer la preuve que le public est interessé l’audience augmente. Évidemment ça change de France Inter

le 20/01/2022 à 10:08
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Je regarde parfois sur Cnew l’émission de pascal Praud le matin, j'avoue que c'est une des rares émission ou il y a un peu de pluralisme chez les invités autour de la table ,du Joffrin, Segala ,jean louis Burgat ,philippe guibert plutôt gauche bourge...

à écrit le 20/01/2022 à 8:43
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Encore un qui nous prend pour des jambons

à écrit le 20/01/2022 à 8:18
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Bien sûr qu il fait de la politique .. derrière ses médias se profilent les idées de la catofachoshere… « sens commun « revient …

à écrit le 20/01/2022 à 6:52
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Et France 2, qui est devenue une chaine communautaire, on en parle ?

le 20/01/2022 à 9:13
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Les médias ne sont pas indépendants, ils sont pluriels et nous devons les regarder sous l'angle de leurs propriétaires. Mais effectivement si un effort est à faire il se situe à mon avis dans le secteur public..

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