D’une rumeur comme seuls savent en colporter les villages, l’idée s’est muée en une authentique ambition : produire – un jour peut-être – du « vrai » saint-émilion blanc. Mais attention : dûment étiqueté, soumis à des règles strictes, et visé par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), sacro-saint garant des AOC.
Tout commence par une consultation adressée l’été dernier aux vignerons de la célèbre appellation et de ses satellites « afin d’évaluer leur intérêt » quant à l’ajout d’une nouvelle couleur pour leurs vins. Fin juillet, les résultats sont sans appel : 71 % des votants se disent favorables à une appellation saint-émilion blanc, 82 % à une appellation lussac-saint-émilion blanc et 85 % à une appellation puisseguin-saint-émilion blanc.
« Il était temps ! » s’exclame Alexandre de Malet Roquefort (Château La Gaffelière), qui avoue avoir fait partie des premiers « rebelles » à planter du chardonnay dès 2016 pour faire des blancs « aussi bons qu’à Pessac-Léognan ».
Toutefois, pour ce propriétaire comme pour tous ceux ayant fait le choix d’élargir leur gamme avant l’heure, pas d’autre choix jusqu’alors que de le vendre sans la mention « saint-émilion », le strict cahier des charges de l’appellation interdisant l’utilisation d’autres cépages blancs que ceux « compatibles avec l’AOC bordeaux » (à savoir : le sauvignon, le sémillon et la muscadelle). Exit, donc, le chardonnay révélateur de terroirs et le chenin béni des dieux…