L'édito de Philippe Mabille. Les municipales, dernière station avant la présidentielle

Philippe Mabille, directeur éditorial

La chronique de Philippe Mabille
LTD/DR

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Saura-t-on un jour quelle part l’échéance des municipales de mars 2026 a eue dans la mauvaise pièce budgétaire jouée à l’Assemblée nationale cet automne ? Face à la puissance des partis extrêmes, socialistes et Républicains ont campé fermement sur leurs sujets de prédilection : la retraite et la justice fiscale pour le PS ; la défense du pouvoir d’achat et l’opposition à toute hausse des impôts pour LR.
Le résultat est ce gloubi-boulga fiscal et social dans lequel s’est évaporé le legs du macronisme : suspension probablement définitive de la réforme des retraites, remise en question des acquis de la politique de l’offre. Le prix à payer pour la France est élevé avec ce budget qui ne plaira à personne à l’arrivée.
La fin du film budgétaire est loin d’être écrite. Lancé dans une course de haies, le Premier ministre mise sur sa patience et sa méthode fondée sur le dialogue et le compromis pour faire voter ce « budget du Parlement » construit par les députés et les sénateurs. Un processus inédit.
Sébastien Lecornu – qui ne recourra ni au 49.3 ni aux ordonnances – croit toujours possible un vote positif in fine en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Dans le cas contraire, cela se terminera par une loi spéciale, c’est-à-dire la simple reconduction du budget Barnier-Bayrou.
Heureusement, ce mauvais film touche à sa fin et la séquence des municipales, dernière station de notre vie politique avant la présidentielle, va enfin pouvoir démarrer… Sauf si les circonstances politiques du moment devaient changer le scénario.
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Les maires sortants, qui tiennent leur 107e congrès cette semaine, continuent de redouter une dissolution – dont les politiques parlent de moins en moins – qui compliquerait leur entrée en campagne. Pour mieux en comprendre les enjeux, notre sondage Ifop pour La Tribune Dimanche apporte des clés de lecture de ce qui se passe vraiment dans le pays profond.
Car si le maire reste un pilier de la République et un tiers de confiance plébiscité par les citoyens, le mandat qui vient de s’achever révèle des fragilités nouvelles.
Face à l’impuissance ressentie de l’action politique nationale, les citoyens ont accru leur degré d’exigence à l’égard de leurs édiles sur des questions qui jusqu’ici ne relevaient pas de leurs compétences. La sécurité et la tranquillité publique sont devenues la première revendication des citoyens, devant l’accès à la santé.
Tous les maires interrogés dans l’excellent petit livre de Brice Soccol et Frédéric Dabi L’Écharpe et les Tempêtes le disent à leur façon : après l’enfant roi, le client roi, voici venu le temps de l’administré roi. Le réflexe du « j’y ai droit car je paie pour ça » est devenu majoritaire et revient en boomerang au visage des maires.
Le problème, c’est que, avec la suppression de la taxe d’habitation, plus personne ne sait trop bien qui paie quoi, le locataire s’oppose au propriétaire, devenu la vache à lait au risque de l’étranglement.
Il est donc temps – ce sera un des enjeux de ces municipales – de proposer un nouvel acte de décentralisation répondant à deux questions majeures pour l’avenir de nos collectivités locales : qui fait quoi ? Et qui paie quoi ?
Sébastien Lecornu, ancien maire de Vernon dans l’Eure, est déterminé à avancer sur un sujet qu’il juge prioritaire. Après avoir assisté au rassemblement annuel des départements de France, il sera attendu de pied ferme par les quelque 34.000 maires.
Leur vocation, que l’on disait souvent émoussée, demeure en fait intacte : 60 % d’entre eux disent vouloir rempiler pour ce qui reste le plus beau des mandats et des engagements, celui de la proximité et des vrais problèmes des vraies gens.
Philippe Mabille, directeur éditorial