OPINION. « Climat, compétitivité, autonomie stratégique : les trois facettes d’un même plan », par Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement
Pour le vice-président de la Banque européenne d’investissement, il est indispensable d’investir dans le climat car « c’est bon pour notre environnement et renforce notre autonomie stratégique ».
Dans un mois, les regards de la planète seront tournés vers Belém, au Brésil, où se tiendra la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30), dix ans après l’accord de Paris. Alors que dans certaines parties du monde, les changements climatiques ne sont plus perçus comme une urgence, la question se pose : le climat est-il encore une priorité pour l’humanité ?
Pour l’Union européenne (UE) et la Banque européenne d’investissement (BEI), son bras financier, la réponse est oui. La promotion d’investissements qui favorisent en même temps la lutte contre le réchauffement de la planète, mais aussi la compétitivité de notre économie et l’indépendance énergétique européenne, reste la première de nos priorités.
Le 30 septembre dernier, la BEI, dont les actionnaires sont les vingt-sept États membres de l’UE, a confirmé à l’unanimité son engagement en faveur du climat. Réunie à Chypre, le pays le plus touché en Europe par la pénurie d’eau, qui prendra la présidence de l’UE en janvier 2026, elle a adopté sa stratégie pour les années 2026-2030.
Depuis 2020, en accord avec le pacte vert de la Commission européenne, la BEI s’est transformée en « banque européenne du climat ». Elle met en œuvre une feuille de route ambitieuse en vue d’augmenter considérablement les financements en faveur du climat et de l’environnement. L’objectif était d’atteindre au moins 50 % de nos investissements. En 2024, on est déjà à 60 %, soit près de 50 milliards d’euros.
La France, première bénéficiaire des financements climatiques de la BEI
Nous faisons aussi venir les investisseurs privés sur les projets que nous finançons et là aussi, nous sommes en avance sur nos objectifs. Enfin, la BEI a été la première des institutions financières multilatérales à aligner l’ensemble de ses activités sur l’accord de Paris de 2015.
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Pour y parvenir, la BEI a accru massivement ses financements dans les énergies décarbonées, l’efficacité énergétique des bâtiments, les nouvelles technologies visant à limiter le réchauffement climatique, et les moyens de transport durables (trains, métros, bus électriques…). En France, premier pays bénéficiaire des financements de la BEI dans le climat, ces investissements ont représenté près de 70 % des 12,6 milliards d’euros engagés l’an dernier.
Trois exemples en 2025 pour illustrer notre stratégie : un prêt de 370 millions d’euros pour le plan rail en Bretagne, qui inclut de nouvelles rames de TER ou la mise en place d’une plateforme de maintenance à Quimper ; un prêt de 250 millions d’euros à Nexans, pour soutenir ses programmes de recherche, développement et innovation (RDI) et ses investissements industriels (production de câbles et recyclage de cuivre) ; et un prêt de 400 millions d’euros à Orano pour l’enrichissement d’uranium à la centrale nucléaire de Georges Besse 2, pour une plus grande indépendance dans notre politique énergétique.
Aujourd’hui, la deuxième phase de la stratégie climat va nous amener à financer des projets qui renforcent encore plus la compétitivité européenne et l’indépendance énergétique de notre continent. Ces objectifs sont complémentaires et l’énergie en fournit un bon exemple. Pour sortir entièrement de la dépendance aux énergies fossiles importées de Russie, les pays de l’UE développent désormais l’ensemble des sources d’énergie propre, des renouvelables au nucléaire.
La facture énergétique pèse fortement sur la compétitivité de l’industrie européenne.
Cette énergie bas carbone est bonne pour notre environnement et renforce notre autonomie stratégique. En 2024, les financements de la BEI dans l’énergie (sources renouvelables, réseaux de transmission électrique, efficacité énergétique et stockage) ont atteint 31 milliards d’euros, un chiffre que nous dépasserons encore cette année.
En France, les financements pour le compte d’EDF permettent à sa filiale de distribution Enedis de continuer à moderniser son réseau, et de disposer d’une énergie plus abordable pour les particuliers et les entreprises, permettant à ces dernières d’être plus compétitives. Le rapport Draghi l’a en effet bien démontré : la facture énergétique pèse fortement sur la compétitivité de l’industrie européenne.
Le deuxième levier est le doublement, jusqu’à 30 milliards d’euros à l’horizon 2030, des financements pour l’adaptation à un changement climatique qui est déjà là. Ce qui signifie renforcer la résilience de nos territoires, des infrastructures, des villes côtières, mais aussi soutenir les agriculteurs afin de mieux faire face aux aléas climatiques.
La BEI va accroître ses financements dans le secteur de l’eau, une ressource précieuse qui doit être préservée. Un exemple récent en France concerne le prêt de 170 millions d’euros à la Métropole Nice Côte d’Azur afin de reconstruire, d’agrandir et de mieux protéger des intempéries violentes la station d’épuration des eaux Haliotis, dont bénéficieront 680 000 habitants.
Le troisième levier enfin, passe par une simplification radicale de nos procédures pour l’accès à nos financements, particulièrement pour les PME parfois découragées par la complexité des règles.
Investir dans le climat n’est pas seulement vital pour l’avenir de la planète. C’est également un atout pour améliorer la compétitivité des économies européennes et renforcer la sécurité de notre continent. La BEI persiste et signe en faisant plus que jamais de la transition verte la première de ses priorités.