Des élèves travaillent sur une machine agricole dans le cadre de leur formation au lycée agri-environnemental Campus 62. Cet établissement, qui propose également de nombreuses formations pour adultes, est situé à Tilloy-les-Mofflaines, en périphérie...
À la veille de l’ouverture du SIA 2027, Bertrand Gaufryau proviseur d’un lycée professionnel, réclame une mise en valeur de l’enseignement agricole.
Jamais depuis 1964, date du premier salon de l’Agriculture, un tel évènement, celui considéré comme la plus grande ferme du monde, se tiendra sans bovins. Pour des raisons sanitaires liées à la DNC (dermatose nodulaire contagieuse), mais aussi dans un esprit de solidarité des agriculteurs dont les troupeaux sains n’ont pas été concernés par cette crise sanitaire.
Pour autant, si cette absence est symbolique, elle est révélatrice des crises multiples que connaît le monde agricole depuis plusieurs années et qui s’enchaînent, se répondent, se nourrissent les unes les autres. Que dire de la question du revenu, de la PAC et sa négociation au niveau européen, de la signature en suspend du dernier accord de libre-échange Mercosur par les États membres de l’Union européenne !
Que dire encore de la transposition ressentie comme excessive des directives européennes par les agriculteurs eux-mêmes, les questions relatives à la réintroduction de l'acétamipride, dit « tueur d'abeilles », après que la loi Duplomb, a été censurée par le conseil constitutionnel suite à une mobilisation citoyenne d’ampleur inégalée ces dernières années. C’est au-delà de ces éléments factuels passer sous silence une loi d’orientation agricole qui a été finalement votée après de multiples rebondissements législatifs et qui évoque la souveraineté alimentaire comme axe majeur pour les années à venir.
Le renouvellement des générations agricoles face aux défis économiques, sociaux et environnementaux
Le renouvellement urgent des générations d’hommes et de femmes engagés sur les territoires, à la fois paysans et agriculteurs, garant de l’engagement et du lien social sans méconnaître la nécessité de créer de la richesse et dégager un revenu décent en est la colonne vertébrale. Les défis sont majeurs : environnementaux, sociétaux, comme le rapport au travail et à la qualité de vie, l’accès au foncier dans les zones tendues, un engagement pour zéro artificialisation nette dans une loi « climat et résilience » de 2021 assouplie.
Le sentiment de l’importance des défis, des injonctions paradoxales, met à mal la volonté de créer les conditions d’un véritable retournement de tendance dans le renouvellement des générations. Le modèle économique va devoir changer et inclure la réduction du recours à ce « travail gratuit » des aidants familiaux, à une transmission de l’outil de production qui ne pourra plus être majoritairement familial, mais assuré par la venue d’hors cadres familiaux.
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Pour cela, comme malheureusement trop souvent, l’enseignement agricole, en formation initiale scolaire, par apprentissage ou dans le cadre de la formation continue, passe sous les « radars » de l’actualité. Implanté sur l’ensemble du territoire métropolitain et Outre-mer, il est « un trésor » du système éducatif, formant à la fois des citoyens et des professionnels de très grande qualité. L’insertion sociale et professionnelle mesurée des élèves, étudiants, du CAP au bac professionnel, de l’enseignement supérieur court ou long (ingénieurs, vétérinaires...) a de quoi faire rougir l’éducation nationale. Les enjeux des agricultures plus conventionnelles, ou biologiques, mariant parfois des contextes locaux s’appuyant sur des signes de qualité comme les AOP, sont présents dans le cadre de la formation de tous ces jeunes.
La souveraineté alimentaire demain ? Ce sera eux !
Le ministère de l’Agriculture désire accroître le nombre d’élèves dans ses lycées, concourir à l’élévation du niveau de qualification, aider à donner du sens aux apprentissages. Encore faut-il pour cela assurer une pérennité en termes de moyens, de formation des professeurs et formateurs, favoriser le lien avec la profession, informer davantage les consommateurs sur les actes d’achats davantage citoyens, permettre des expérimentations territorialisées parce que la Beauce n’est pas le Pays basque ou l’agriculture de montagne n’est pas celle des plaines. Alors certes, le SIA 2026 sera le premier salon de son histoire sans bovins. Mais il sera encore et toujours celui où les acteurs de la formation seront présents. Chaque année, les acteurs de la formation sont présents.
Mais si le salon de 2027 était celui, bien entendu des paysans, agriculteurs, des filières, des territoires et des signes de qualité, mais celui de l’enseignement agricole ? Ce serait un symbole fort de la mise en lumière de l’engagement des jeunes par passion d’un métier. La souveraineté alimentaire demain ? Ce sera eux ! Le renouvellement effectif des générations ? Eux encore ! Les défis environnementaux pour la qualité d’une alimentation saine ? Toujours eux ! Et si le SIA 2027 donnait la parole aux jeunes ? Ce serait un signe de confiance, de transmission, le signe de la capacité de la société de croire que demain pourrait être mieux demain... Comme faire écho à un certain Michel Serre : non, ce n’était pas mieux avant !
Bertrand Gaufryau est directeur d’un lycée agricole et auteur de l'essai Petit éloge d’une école qui va bien. Vive l’enseignement agricole ! (Le Temps d’un roman), paru en novembre 2024.
L’essai « Petit éloge d’une école qui va bien. Vive l’enseignement agricole ! » de Bertrand Gaufryau. (Crédits : DR)