La chronique de Sophie Iborra. « La puissance, ça ne m’intéresse pas » (Marina Foïs, actrice et scénariste)

Marina Foïs, actrice et scénariste, est au micro de Sophie Iborra dans le podcast « Les Héritières ».
LTD/DR

Marina Foïs, actrice et scénariste, est au micro de Sophie Iborra dans le podcast « Les Héritières ».
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La cinquantaine flamboyante, l’ex-membre de la joyeuse troupe des Robins des Bois, qui l’a fait connaître dans les années 1990, s’est aujourd’hui muée en actrice reconnue et accomplie. De ses débuts, elle garde son sens de l’humour à toute épreuve et son goût pour l’absurde. « Je viens d’une famille très drôle, on faisait des vannes avant de dire bonjour ; chez nous, la connerie était une nécessité », s’amuse-t-elle.
C’est avec la même spontanéité qu’elle raconte son histoire, sa vision du monde et ses engagements. Car cette amoureuse du cinéma est aussi une citoyenne concernée : celle qui a incarné la légende Simone Signoret dans Moi qui t’aimais, à l’affiche il y a quelques semaines, sait combien une parole libre et engagée peut-être « impliquante ».
« À leur époque, les interviews étaient plus longues et donc propices à la nuance ; aujourd’hui, il faut répondre en quelques mots qui seront déformés et sortis de leur contexte, rappelle-t-elle. Mais ne nous trompons pas : Simone Signoret et Yves Montand ont aussi payé le prix de leur engagement. » Femme de gauche, elle dénonce le manque de vision et le renoncement des politiques « qui ne parlent plus que d’économie et de la dette ». « Aujourd’hui, la politique manque d’humanité et de perspectives », regrette-t-elle.
À l’évocation de la place des femmes dans la société et dans le cinéma, s’il est bien une formule à laquelle l’actrice refuse d’adhérer, c’est celle de « femme puissante ». En voulant l’égalité, on imposerait, selon elle, une nouvelle injonction aux femmes. « La puissance ça ne m’intéresse pas, je préfère que les femmes soient reconnues pour leur singularité, leur engagement et leur cohérence », dit-elle.
Si elle reconnaît que depuis quelques années, et notamment depuis le mouvement MeToo, le statut des femmes évolue, il n’en reste pas moins qu’elles restent soumises à de nombreuses injonctions. « Dire aux femmes comment se comporter, comment s’habiller, ce qu’il faut dire ou ne pas dire est insupportable », affirme-t-elle.
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Dans le cinéma, l’actrice revendique plus de parité, une égalité de salaires, et dénonce encore un manque de représentation féminine. « Nous sommes des mères, des sœurs, des maîtresses, des infirmières, des institutrices, des nounous… alors comment se fait-il que les femmes si présentes dans nos vies soient moins présentes dans les récits ? » questionne-t-elle avant d’ajouter : « Il faut laisser plus de place aux actrices afin qu’elles racontent le monde avec leurs yeux. Je crois que nous sommes en chemin. »
D’origines italienne, russe, allemande et juive d’Égypte, l’actrice refuse de brandir un seul drapeau mais c’est bien la France, pays d’accueil de sa grand-mère arrivée à 14 ans et qui échappe à la déportation par miracle, qui suscite l’admiration de la Franco-Italienne. « Même si on doit écouter la colère légitime de celles et ceux qui galèrent, nous vivons dans un pays qui fonctionne encore, où la justice, l’éducation et la santé sont gratuites », tient-elle à rappeler.
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Mais la France de Marina Foïs, c’est avant tout une France de l’immigration, « véritable chance », selon elle, en dépit de la polarisation des débats sur les questions d’identité. « Aujourd’hui, on ne parle plus d’immigration qu’autour de la peur et en matière de ressenti, déplore-t-elle. Là aussi, la classe politique a lâché l’affaire. » Une histoire familiale marquée de douleurs mais aussi d’espoirs, c’est l’un des héritages que veut transmettre l’actrice à ses enfants. « Malgré le déracinement, le voyage peut être beau. »
Marina Foïs est à l’affiche de La Femme la plus riche du monde, de Thierry Klifa, actuellement en salles.
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