OPINION. « Contre la haine des personnes LGBT, le temps de l’impunité est fini », par Pierre-Yves Bournazel, ancien député et conseiller de Paris

Pierre-Yves Bournazel, ancien député et conseiller de Paris.
LTD/Vincent Isore/IP3ZUMA via Reuters

Pierre-Yves Bournazel, ancien député et conseiller de Paris.
LTD/Vincent Isore/IP3ZUMA via Reuters
Les attaques homophobes massives dont l’ancien Premier ministre Gabriel Attal a été la cible sont écœurantes et inquiétantes. Écœurantes, car s’attaquer ainsi aux personnes en fonction de ce qu’elles sont et non seulement de ce qu’elles font, en fonction de leur identité plus encore que de leur responsabilité, ne relève pas seulement du délit mais aussi du dégoût. Chacun devrait s’indigner et agir. J’ai moi-même connu ces agressions à l’adolescence dans les années 1990 et encore récemment lors de l’élection municipale de Paris (« sale PD », « tantouze », « homme soja » – une expression venant de l’extrême droite pour disqualifier –, « conspirateur gay »…). Je suis blindé mais résolument combatif.
Inquiétantes, ces attaques le sont aussi. Quel crime Gabriel Attal aurait-il commis ? Témoigner de son homosexualité ? Affirmer l’égalité des droits de chacune et de chacun selon son orientation sexuelle ? Choisir librement son partenaire ? Être amoureux ? Au moment où des médias célèbrent l’idylle de Jordan Bardella avec une jeune femme, la haine s’acharne sur l’histoire d’amour d’un autre responsable politique sous prétexte que, lui, aimerait un homme. Choisir d’aimer et d’être aimé serait-il un prix d’honneur pour certains et un crime d’horreur pour d’autres ?
Si la relation de Gabriel Attal et de Stéphane Séjourné n’est pas anodine du fait de leur responsabilité institutionnelle, elle doit pouvoir le devenir en soi. L’amour de deux êtres du même sexe est un droit majeur à la différence. Leur couple aspire aussi à l’indifférence. Cette indifférence que des millions d’histoires d’amour en France attendent face à l’hostilité et à l’intolérance qui identifient pour mieux stigmatiser, qui mettent en exergue pour mieux jeter en pâture. Oui, en France, et face à la prolifération de la haine sur les réseaux sociaux, le droit à la différence et le droit à l’indifférence des orientations sexuelles restent un véritable combat de société.
La lutte contre toutes les discriminations est un immense défi pour notre démocratie. Antisémitisme, racisme, sexisme, LGBTphobie, c’est un même combat qu’il nous faut mener, celui contre une société de défiance. Car le danger est réel. Nos lâchetés d’aujourd’hui engendreront demain un terrible monstre. Partout se multiplient les insultes, les menaces, les intimidations et les atteintes aux personnes.
Un électrochoc est nécessaire afin d’éviter qu’on en revienne aux attaques nauséabondes que nous avons pu connaître dans les temps les plus sinistres de notre histoire. Cela passe d’abord par l’éducation à l’école, dans les familles, dans les associations culturelles et sportives, où toute forme de discrimination doit être combattue. Nous devons transmettre le respect de l’autre dans ses différences et rétablir comme priorité l’éducation civique. Les réseaux sociaux et principalement X ne peuvent continuer à laisser prospérer la haine. Les ravages qu’elle provoque sont nombreux sur les jeunes (dépression, suicide…). Ce sont aussi des outils importants pour notre démocratie.
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La responsabilisation des réseaux sociaux chère à Édouard Philippe doit donc monter en puissance avec des réponses immédiates. Après mûre réflexion, je suis favorable à la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux. On ne devrait pas pouvoir y tenir anonymement des propos qu’on ne tiendrait jamais à visage découvert dans la rue. Enfin, des moyens doivent être donnés à la justice et des formations mises en place pour l’ensemble des acteurs (polices nationale et municipale, enseignants, encadrants de nos jeunes dans le monde associatif).
Les extrémismes politiques et les dérives populistes ou illibérales sont en train de mener une bataille culturelle. Ils portent une vision réactionnaire. Le combat à conduire face à eux est celui de tous ceux qui se font une certaine idée de la République. Je les appelle à s’engager pleinement pour contrecarrer ce projet funeste. Il y a dix ans, la loi Taubira ouvrait l’égalité et faisait grandir la République. Aujourd’hui, face à la haine, un sursaut collectif s’impose pour encore et toujours garantir cette promesse. Il est vital de porter un espoir : celui de permettre à chacune et à chacun de vivre sa vie, comme il ou elle l’entend en toute liberté et en toute sécurité. Qu’il soit ancien Premier ministre ou simple citoyen de notre beau pays ou du monde libre.
* Secrétaire général délégué d’Horizons, auteur de La Bataille pour Paris (Plon).