OPINION. « Présidentielle 2027 : alerte rouge pour la droite et le centre », par Laurence Sailliet

Laurence Sailliet, ancienne deputée européenne LR
LTD/Photo par JOEL SAGET / AFP

Laurence Sailliet, ancienne deputée européenne LR
LTD/Photo par JOEL SAGET / AFP
Un baromètre publié cette semaine le confirme : à onze mois du scrutin, plus de huit Français sur dix, toutes sensibilités confondues, se déclarent déjà très intéressés par la présidentielle. Et ce, malgré un contexte qui pourrait légitimement détourner leur attention. La guerre en Iran hante les esprits et occupe l'espace médiatique. Le monde se reconfigure brutalement. Les équilibres se déplacent, lourdement, et leurs conséquences s'invitent déjà̀ dans le quotidien des Français : prix des carburants, inflation rampante, incertitudes qui s'accumulent. À̀ cela s'ajoute l'irruption de l'hantavirus, qui nous replonge dans des réflexes que nous pensions derrière nous et rouvre des plaies à peine cicatrisées. Les Français, pourtant, n'ont pas perdu de vue l'essentiel : ce scrutin qui dessine l'avenir du pays.
L'expérience de 2022 devrait résonner comme un avertissement : la guerre en Ukraine avait étouffé la campagne, escamote le débat, et cette séquence bâclee n'a pas été sans consequences sur la suite du quinquennat. Les crises occultent. Et ce qu'elles occultent, faute d'être regarde en face, empire.
Ce qui aujourd'hui appelle une alerte rouge, c'est la situation de la droite et du centre.
Les sondages se suivent et se ressemblent. Dans toutes les configurations testées, le RN arrive en tête, avec des scores qui oscillent entre 32 et 35%. Ce socle tient. Aucune turbulence politique ne l'a fait bouger de manière significative. On ne parle plus d'une dynamique, mais d'une installation.
Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature avec l'assurance de celui qui connaît parfaitement les ressorts d'une presidentielle. Ses scores dans les sondages sont, comme toujours, sous-estimes. Sa machine militante, rodée, n'a pas d'équivalent à gauche. Le risque qu'il accède au second tour est réel, et si d'aventure il y parvenait, nul ne peut sérieusement prétendre que cela serait sans consequences graves pour le pays. Ce terreau fertile, il le trouve dans le chaos qui règne entre socialistes, écologistes et glucksmanniens, dont les divisions lui ouvrent grand le chemin.
Pendant que le RN consolide sa rente et que LFI déroule avec brio son entrée en campagne, à droite et au centre, la fragmentation de l'espace interroge. L'engagement politique est noble, il ne s'agit pas de le condamner ni d'en discuter les raisons. Force est de constater que la multiplication des candidatures ressemble davantage à une addition d'ambitions personnelles qu'à une stratégie collective de conquête du pouvoir. Chacun des prétendants plafonne à des scores qui, additionnes, représenteraient une force considérable, mais qui, disperses, offrent au RN comme à LFI le confort d'une qualification au second tour presque assurée.
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Pendant ce temps, les candidats déclarés ou supputés de la droite et du centre nous expliquent à l'unisson : restez tranquilles, à la vue des sondages d'automne, ou même de janvier pour certains, nous saurons nous mettre d'accord en responsabilité. Qui peut le croire, à défaut de l'espérer ?
Se lancer dans une campagne présidentielle nécessite une énergie, une conviction proche du conditionnement. Penser qu'on peut s'en extraire aussi facilement révèle une méconnaissance profonde de ce que cela exige. Mener campagne chacun dans son couloir pendant des mois, pour finalement prétendre se rassembler sur un accord de façade à quelques semaines du premier tour, ce serait infliger aux Français une mascarade là où ils attendent une offre politique sincère et construite.
Il ne s'agit pas ici de designer le légitime ou l'illégitime, chacun pouvant s'appuyer sur sa propre légitimité. Il s'agit d'appeler à la vraie responsabilité, pas lorsqu'il sera trop tard, mais quand il est encore temps.
La primaire ne compte guère de partisans au sein des appareils, j'en conviens. Pourtant, elle est plébiscitée par les Français eux-mêmes : plus de quatre-vingts pour cent des sympathisants, toutes sensibilités confondues, y sont favorables. Qu'elle s'impose ou non, il reste une exigence minimale, indiscutable : débattre. Ouvrir le champ, confronter les idées, associer toutes celles et ceux qui, à droite et au centre, ont quelque chose à apporter à la construction d'une offre crédible pour la France. Multiplier les meetings auprès des convaincus ne fait pas une campagne, et ne construit pas une offre politique crédible. Débattre vraiment, se mesurer les uns aux autres. C'est ainsi qu'une offre politique se forge et s'impose.
Responsables politiques de la droite et du centre, réveillez-vous. Avant que l'histoire ne se charge de le faire à votre place.