Fondateur en 1968 de l’association chrétienne internationale Sant’Egidio, Andrea Riccardi – qui avait une relation personnelle avec le pape François – est un infatigable défenseur de la paix. À 75 ans, celui que les Italiens appellent « Il Professore » était encore cet été en mission en Côte d’Ivoire et au Mozambique.
Professeur d’histoire honoraire, cet intellectuel engagé qui fut ministre de la Coopération internationale de Mario Monti (2011-2013) est aussi proche d’Emmanuel Macron. De la crise migratoire à l’Ukraine en passant par Gaza, la déchristianisation de l’Europe et les premiers pas de Léon XIV, Andrea Riccardi, qui se prépare à fêter Noël aux côtés des pauvres, n’élude aucune question.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Certains journaux vous présentent comme « le chrétien le plus influent du monde »… Vous confirmez ?
ANDREA RICCARDI – Je cherche à être chrétien, mais je ne crois pas être le plus influent du monde ! Sant’Egidio, que j’ai fondée en 1968, est une association chrétienne internationale constituée d’environ 70.000 laïques bénévoles qui prient et travaillent dans 74 pays au service des pauvres et pour la paix. Depuis la crise migratoire de 2015, nous avons mis en place des couloirs humanitaires aériens qui ont permis à 10.000 réfugiés – fuyant les conflits en Syrie et en Irak, en Afrique, en Afghanistan… – de trouver asile en Italie, pour 8 000 d’entre eux, ou en France, pour un millier…
On dit souvent que Sant’Egidio, par ses bons offices, assure la diplomatie parallèle du Saint-Siège…
Il n’y a pas de diplomatie parallèle, comme disent les journalistes, pour la bonne raison que le Vatican ne nous a rien demandé. Simplement, lorsque François est revenu de Lesbos en 2016 avec une soixantaine de migrants syriens, il nous a demandé de leur apporter l’aide dont ils avaient besoin pour vivre à Rome. Aujourd’hui, ces personnes parlent italien et ont un travail. Exemplaire, cette expérience humanitaire témoigne de leurs facultés d’intégration et aussi de la volonté d’accueil des Italiens. Ce geste symbolique montre bien le fossé qui séparait François du christianisme identitaire et antimusulman du président Trump.