Si discret depuis son élection le 8 mai 2025, Léon XIV fera cette semaine ses premiers pas sur la scène internationale. Examen de passage ? Grand oral ? C’est peu dire que le pape, qui décollera de Rome jeudi pour un voyage de six jours en Turquie et au Liban, est très attendu par les populations de ces deux pays et, au-delà, par tous les chrétiens du Moyen-Orient.
Nul doute aussi, compte tenu du contexte géopolitique, que la parole du souverain pontife sera analysée dans les chancelleries du monde entier. Comment imaginer que le chef de l’Église catholique n’évoque pas depuis Beyrouth la situation en Syrie, à Gaza, en Cisjordanie ? D’autant que Léon XIV est aussi chef d’un État, le Vatican, qui reconnaît l’État de Palestine depuis 2015 et qui s’est prononcé pour la solution à deux États.
Si les vaticanistes soulignent l’importance de ce voyage, c’est d’abord parce qu’il s’agit du premier déplacement du pape américain à l’étranger, toujours révélateur des priorités d’un pontificat qui commence : on se souvient de François parti à Lampedusa en juillet 2013, quatre mois après son élection, dénoncer la « mondialisation de l’indifférence », jetant une couronne de fleurs dans la Méditerranée en mémoire des migrants disparus.
Attendu, l’événement l’est aussi en raison de l’étape libanaise : « C’est la première fois qu’un pape va dans un pays quasiment en guerre, qui est encore frappé par des bombardements israéliens », observe Marco Politi*, blogueur et journaliste du quotidien italien Il Fatto Quotidiano. Tout en soulignant que « Léon XIV prend un gros risque en allant dans un pays où l’État est très faible, qui est au bord du conflit », le spécialiste du Vatican Bernard Lecomte** résume le double enjeu du voyage : « Il s’agit pour ce pape si classique qu’il en est devenu invisible de s’imposer sur la scène internationale et de faire prévaloir l’avis de l’Église sur les questions géopolitiques actuelles. »