LA TRIBUNE DIMANCHE — Dix jours après son élection, quel bilan tirez-vous des premiers pas de Léon XIV ?
JEAN-PIERRE DENIS — C'est un sans-faute. Ce cardinal inconnu qui se promenait dans Rome en toute tranquillité, qui portait encore il n'y a pas si longtemps des bottes en caoutchouc au Pérou, est entré dans ses habits de pape avec une facilité déconcertante.
S'inscrit-il dans les pas de François ?
Oui et non. Le conclave cherchait quelqu'un qui reprenne les intuitions du pape argentin mais qui écoute, rassemble et respecte les cardinaux. C'est ce qu'il fait. Comme François, il insiste sur la dimension missionnaire de l'Église, sur sa proximité avec les pauvres, sur la nécessité de « bâtir des ponts ». En interne, il promeut la « synodalité », autrement dit une institution qui associe davantage la base aux travaux du sommet et les femmes à l'exercice du pouvoir. Mais il égrène aussi méthodiquement les citations de tous ceux qui l'ont précédé depuis Paul VI. Le vrai changement est plutôt dans le ton que sur le fond. Avec François, le message était clair : il tenait tout entier dans le prénom qu'il s'était choisi, en référence à saint François d'Assise. Pour Léon, il faut décoder un peu. C'est la première fois qu'on voit un pape lisant son discours à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Dès sa première homélie, il a tenu un propos plus méditatif, plus intellectuel, à la Ratzinger. C'est un pape de synthèse entre François l'extraverti et Benoît le réservé. Il est peu probable qu'il s'adonne aux punchlines qui ont fait les beaux jours médiatiques du pontificat précédent.