OPINION. « La Sécurité sociale n’est pas née pour sanctuariser des rentes, mais pour libérer des vies », par Frédéric Valletoux, président de la commission Affaires sociales
La Sécurité sociale fête ses 80 ans. Fidèle à ses promesses depuis sa création à la sortie de la guerre, pour Frédéric Valletoux, elle doit aussi évoluer pour répondre aux enjeux de son époque.
Il y a 80 ans, au sortir du chaos, la France s’est dotée d’une initiative politique et morale sans équivalent : la Sécurité sociale. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 étaient bien plus que de simples textes techniques ; elles posaient un pacte républicain fondé sur trois principes : universalité, unité, solidarité, pour « garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature ».
Quatre générations plus tard, la Sécu a tenu la promesse de ses fondateurs, Pierre Laroque, Ambroise Croizat et tant d’autres : amortir les chocs de l’existence, rendre la vie plus sûre, faire de la santé et de la protection sociale des biens communs. Dans les crises récentes, elle a empêché que l’épreuve ne devienne fracture. Rien d’étonnant si ce modèle, « citoyen et solidaire », demeure une référence au-delà de nos frontières.
Mais parce qu’elle protège la vie, la Sécurité sociale doit, elle aussi, vivre avec son temps. Elle est fragilisée par la triple lame de fond démographique (vieillissement, dépendance), épidémiologique (maladies chroniques, santé mentale) et économique (difficile conciliation entre compétitivité et contributions), à laquelle s’ajoutent les exigences de la transition écologique et de la révolution numérique. Feindre de l’ignorer serait renié l’esprit de 1945 : le courage d’affronter le réel pour mieux protéger. Préserver la Sécu, ce n’est pas la muséifier. C’est lui permettre d’affronter les défis. Comment ?
Solidarité, prévention et médecine de proximité
En réaffirmant la promesse d’universalité et la lier à la responsabilité. Même droits pour tous et partout, avec en retour, un devoir de prévention et de bon usage de la ressource : vaccination, dépistage, accompagnement des maladies chroniques. La solidarité ne se décrète pas, elle s’entretient.
En récréant l’accès aux soins là où il manque, en multipliant les équipes de soins de proximité, en déployant les coopérations entre professionnels, en libérant du temps médical, en poussant l’installation des professionnels là où sont les besoins, y compris grâce au numérique.
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En mettant la prévention au centre de la décision publique. Nous dépensons trop pour réparer et pas assez pour éviter. La prévention doit avoir des objectifs opposables, évalués et pilotés au meilleur niveau, parce que c’est l’investissement social le plus juste et le plus efficace.
Repenser le coût de Sécurité sociale
Enfin, il nous faut repenser son financement avec audace et une vision large, qui envisage la Sécurité sociale dans les réalités économiques de notre temps. Si santé et la solidarité nationale n’ont pas de prix, les cotisations sociales représentent indéniablement un coût pour notre force productive. Face aux besoins croissants et dans la quête d’une protection large, il nous faut pérenniser ses équilibres sans perdre de vue le coût du travail et la compétitivité. Il ne s’agit pas là d’intérêts d’une classe contre une autre, ou d’une corporation patronale.
Aucune économie n’est durable si elle laisse les plus fragiles sur le bord du chemin.
La liberté des capitaux et l’éclatement géographique de la production ne sont plus les mêmes qu’en 1945. Aussi, faire peser démesurément le poids du financement des risques sur les travailleurs est nocif pour notre économie et notre taux d’emploi. Et à terme, pour la Sécurité sociale.
Au moment où elle célèbre ses 80 ans, souvenons-nous : la Sécurité sociale n’est pas née pour sanctuariser des rentes, mais pour libérer des vies. Elle n’est pas un coût, elle est une condition de la prospérité, parce qu’aucune économie n’est durable si elle laisse les plus fragiles sur le bord du chemin. C’est pourquoi la protection sociale devra être au cœur de l’élection présidentielle de 2027. Non comme un sujet parmi d’autres, mais comme le test décisif de notre capacité à faire nation. En 1945, nos aînés ont eu l’audace de bâtir un système que le monde nous envie. En 2025, notre responsabilité est de lui permettre un avenir.