OPINION. « Adieu le politiquement correct : bienvenue l’imprésario ! », par Louis Jublin, président de l’agence Minerva

Louis Jublin est l'ancien conseiller en communication de Gabriel Attal
LTD/DR

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La France a toujours été le pays des voix singulières et des esprits stratèges. De Marie-France Garaud, éminence grise de la Ve République, à Jacques Pilhan et Gérard Colé, maîtres incontestés du marketing politique. Notre histoire témoigne d’une capacité unique à conjuguer rigueur et style, stratégie et élégance. Pourtant, au fil des dernières décennies, nous avons importé les modèles anglo-saxons de communication politique, Alastair Campbell pour Tony Blair, David Axelrod pour Barack Obama, en oubliant de forger un modèle français contemporain, fidèle à nos codes et adapté à notre époque.
Après vingt ans de prudence, de neutralité et d’aseptisation, ce cycle touche à sa fin. La communication s’est juridicisée, normée, standardisée. Les dirigeants ont été priés d’être « lisses », de ne pas prendre position, de ne pas risquer le moindre accroc au politiquement correct. Paradoxalement, nos élites sont devenues conservatrices, prudentes, parfois timorées. Face à cette ère de discours sans saveur ni odeur, une exigence nouvelle émerge : celle de la clarté, de la conviction et de la singularité. Nous entrons dans l’ère des personnalités assumées, parfois clivantes, mais authentiques.
Il est temps de réinventer l’agence d’influence à la française, dans la continuité de nos références culturelles et historiques, mais avec une vision contemporaine.
Au cœur de cette approche se trouve l’art du récit : celui qui transforme un parcours en histoire singulière, puissante et cohérente. Le récit, loin du discours standardisé généré par des algorithmes, exige une connaissance profonde de notre culture, la maîtrise des codes politiques et la compréhension des enjeux médiatiques.
L’imprésario, figure longtemps associée aux arts et au spectacle doit devenir un acteur stratégique pour les personnalités économiques, politiques, médiatiques et culturelles. Comme au temps de l’illustre Léon Escudier, qui façonnait la carrière d’Offenbach au XIXᵉ siècle, ou de Jean Cocteau, homme de lettres et metteur en scène qui orchestrait les trajectoires artistiques autour de ses créations. Sans oublier le mythique agent des plus grandes actrices Dominique Besnearh.
L’imprésario moderne lit le parcours, en extrait le récit, choisit les terrains d’expression, structure les prises de parole et anticipe les étapes clés. Il ne se contente pas d’embellir : il rend lisible, cohérent et puissant.
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La nouvelle agence d’influence n’est pas une agence de communication traditionnelle. Ce n’est pas un cabinet de crise, ni un bureau de publicité. C’est l’espace où l’imprésario moderne exerce pleinement son rôle : la fabrique de personnalités.
Une école pour penser et agir avec stratégie. Une méthode pour habiter pleinement son récit. Un partenaire pour stimuler l’intelligence et la créativité. Il ne s’agit pas de vendre des messages : nous faisons entendre des voix. Il ne s’agit pas de créer des images : nous faisons naître des figures.
Notre histoire foisonne d’individus qui ont su briser les conventions, bousculer les codes. Ici, l’originalité n’est pas un risque : c’est une tradition. L’anti-conformisme, l’excentricité et la capacité à penser différemment ont façonné des trajectoires puissantes et des récits inoubliables.
La communication de demain ne repose pas sur des slogans ou des éléments de langage calibrés, mais sur la personnalité. Il est un fait qu’aujourd’hui le public distingue immédiatement ce qui est vrai de ce qui est artificiel. Les citoyens détectent l’insincérité et perçoivent le mensonge. Ce qu’ils attendent, c’est la vérité et la cohérence. La sincérité n’est pas la perfection : c’est l’authenticité. Elle réside dans la capacité d’une personnalité à assumer son style, son parcours et sa voix propre. Pas de clones, pas de discours lisses : de vraies personnalités qui font sentir qu’elles existent et qu’elles comptent.
Dans une époque saturée d’informations, où tout va trop vite et où tout se ressemble, le vrai luxe, la vraie rareté, n’est plus la perfection. C’est la singularité. Cette capacité à surprendre et à fasciner, qui peut redonner à nos personnalités publiques leur éclat et leur influence.
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Comme le disait Chateaubriand : « Transforme la vie en destin. » L’imprésario moderne incarne cette idée : il révèle la singularité, façonne le récit et transforme chaque parcours en histoire exceptionnelle.
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