Audiovisuel public et information, besoin de nuance. L'édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Les derniers jours ont été dominés par des échanges virulents entre deux univers médiatiques qui, désormais, s’observent autant qu’ils s’affrontent : d’un côté, l’audiovisuel public ; de l’autre, les chaînes du groupe Bolloré, dont l’orientation politique assumée nourrit autant l’adhésion que la défiance. Ce duel permanent, fait de polémiques, de procès d’intention et parfois d’insultes, ne sert ni l’un ni l’autre camp.
Il renforce plutôt la sentence de Jean Yanne selon laquelle « élever le journalisme à la hauteur d’un spectacle permet à ses promoteurs de laisser croire qu’ils ont du talent ».
Cet emballement invite à reposer une question essentielle : quelle place occupe aujourd’hui l’audiovisuel public dans l’esprit des Français ?
À la veille des auditions des patronnes de l’audiovisuel public (Delphine Ernotte le 10 décembre, puis Sibyle Veil pour Radio France le 17), notre sondage révèle un attachement réel – transversal, de gauche comme de droite – aux chaînes et stations publiques, même si France 2 bénéficie d’un crédit supérieur à celui de France Inter. Rappelons qu’en 2022 seuls Marine Le Pen et Éric Zemmour proposaient explicitement la privatisation de ces médias. Il n’est pas anodin que les candidats les plus critiques soient restés minoritaires : il est difficile d’imaginer se priver de réseaux d’information de proximité comme celui des radios Ici (ex-France Bleu) ou des antennes régionales de France 3, qui racontent la vie locale, loin des joutes parisiennes.
Mais cet attachement n’efface pas les enjeux : un budget de près de 4 milliards d’euros, avec un déficit croissant pointé par la Cour des comptes, et des attentes fortes en matière de pluralisme, d’efficacité et de rigueur dans l’information. À l’heure où une partie de la population questionne la légitimité des médias, l’exigence de qualité est plus que jamais centrale.
Or le climat actuel ne favorise pas l’apaisement. À quelques mois des municipales et à un peu plus de cinq cents jours de la présidentielle, la France n’a pas besoin d’un conflit permanent entre groupes médiatiques. L’hystérisation récente autour des propos d’Emmanuel Macron – qui s’inquiétait à juste titre de la prolifération des fake news – en est un symptôme éclatant. En un instant, certains plateaux se sont mués en scènes dramatiques où des défenseurs autoproclamés des libertés ont dénoncé une « dérive totalitaire » ou l’avènement d’une « Pravda » d’État.
Le principe de la labellisation n’est probablement pas la bonne réponse pour les médias traditionnels. Mais cette spirale émotionnelle, où chacun s’érige en héraut de la liberté d’expression, confond parfois vigilance démocratique et indignation surjouée.
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Or la nuance n’est jamais l’ennemie du sens critique. Dans un environnement où les algorithmes privilégient la colère et les opinions extrêmes, garder son sang-froid est un acte presque militant. La mission que nous nous fixons à La Tribune Dimanche pour les seize mois à venir est simple : informer avec mesure, ouvrir de vrais débats, refuser les caricatures et la facilité des polémiques qui clivent plus qu’elles n’éclairent. Restons fiers, pour reprendre les mots de Bernard Pivot, d’être les « interprète[s] de la curiosité publique » – et non les amplificateurs de la radicalité.
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