Dans leur répression sanglante, les forces de l’ordre visent les yeux des manifestants. Des centaines d’Iraniens ont perdu un œil depuis le début des protestations.On raconte que la butte était formée de près de 20.000 yeux, arrachés aux habitants de la ville. C’était en 1794, dans la cité de Kerman, dans le sud-est de l’Iran que l’on appelait encore la Perse.
Le roi Agha Mohammad Khan Qajar n’avait pas supporté que son rival Lotf Ali Khan soit accueilli par les Kermanis. Après un siège de plusieurs mois, le fondateur de la future dynastie Qajar réussit à prendre la ville et se vengea en énucléant ses adversaires. Rattrapé dans sa fuite, Lotf Ali Khan aura aussi les yeux crevés. Personne ne sait exactement combien d’habitants de Kerman furent rendus aveugles mais l’histoire est véridique.
Deux siècles plus tard, les forces de sécurité de la République islamique utilisent cette pratique d’un autre âge. « Ce qui se passe dans les rues d’Iran est une répétition, à une échelle beaucoup plus large et plus moderne, de cette méthode pour garder le pouvoir », affirme l’activiste Elahe Tavakolian, réfugiée à Milan. Ces jours-ci, son « estomac se noue » de ne pas avoir de nouvelles de sa famille à l’intérieur du pays, coupé du monde depuis dix jours.
La jeune femme a perdu son œil droit, ciblé lors d’une manifestation à Esfarayen en septembre 2022, pendant le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Obligée de s’exiler en Europe pour recevoir des soins, Elahe Tavakolian ne s’était jamais considérée comme une militante politique avant la mort de Mahsa Amini. Aujourd’hui, elle se fait un devoir de témoigner, et rappelle que certaines estimations font état de 12.000 morts.