OPINION. « Abroger le Code noir, pour la mémoire et pour l’avenir », par Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer

Naïma Moutchou à la sortie du Conseil des ministres, à Paris, le 10 décembre 2025.
BERTRAND GUAY / AFP

Naïma Moutchou à la sortie du Conseil des ministres, à Paris, le 10 décembre 2025.
BERTRAND GUAY / AFP
Pendant des siècles, le Code noir a donné une apparence de légalité à l’inacceptable. Il a permis que des femmes, des hommes et des enfants soient achetés et vendus, séparés de leurs familles, privés jusqu’à leur nom et leur humanité. Cette violence avait donc été organisée par le droit lui-même. Il a fallu attendre 1848 pour que la République abolisse enfin l'esclavage. Et attendre encore 2001 pour qu'elle reconnaisse, grâce à Christiane Taubira, qu'il constituait un crime contre l’humanité.
Mais le Code noir, lui, n’a jamais été formellement abrogé. Certains diront qu'il ne s'agit plus que d'un vieux texte du passé qui ne mérite plus qu'on s'y arrête. Je pense exactement l'inverse, pour une raison simple : notre pays ne se grandit pas en conservant, quelque part dans son droit et même symboliquement, un texte qui a considéré des êtres humains comme des biens à posséder, à vendre, à punir.
Le 28 mai prochain, à l’Assemblée nationale, j’aurai donc l’honneur de soutenir, comme ministre des Outre-mer, la proposition de loi portée par le député Max Mathiasin et plusieurs de ses collègues, visant à abroger officiellement le Code noir.
Abroger le Code noir, c’est plus qu’un geste juridique car le droit n'est jamais neutre. Les lois disent aussi ce qu'une société accepte. Et pendant des siècles, le Code noir a organisé l’inacceptable. Abroger le Code noir, c’est dire clairement qu’il n’y a pas de texte acceptable lorsqu’il a servi à nier l’humanité. Mais parce qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité, nous savons qu’il ne sera jamais totalement réparé. Aucune loi n’effacera les vies brisées. Aucun vote ne fera disparaître les souffrances, les arrachements, les humiliations ni les silences transmis au fil des générations.
L’irréparable, néanmoins, ne nous condamne pas à ne rien faire. Il ne dispense pas de la réparation. Il lui donne au contraire son sens le plus profond. Réparer, c’est reconnaître. Reconnaître pleinement ce qui a été commis au nom de l’État et sous l’autorité du droit. Réparer, c’est transmettre. C’est refuser l’oubli ou l’effacement et faire en sorte que cette histoire soit connue, enseignée et regardée avec vérité par les générations qui viennent. Réparer, c’est continuer à avancer pour mieux tenir notre promesse républicaine d’égalité et de dignité.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Il n’est pas possible de choisir entre mémoire et avenir. En abrogeant le Code noir, la République reconnaîtra avec lucidité ce que l’esclavage a laissé dans notre histoire commune, dans les Outre-mer comme dans la conscience nationale. Et parce que cet engagement est fidèle à notre vocation universaliste, la France continuera de mener le combat contre toutes les formes d’esclavage moderne, partout où la dignité humaine est encore bafouée, contre tous les « codes noirs » qui subsistent encore.