Vanessa Bousardo, avocate : « Lyhanna n'a pas été protégée »

"Nommer les choses, c'est les combattre plus efficacement", estime l'avocate.
LTD/Denis Allard/Barreau de Paris

"Nommer les choses, c'est les combattre plus efficacement", estime l'avocate.
LTD/Denis Allard/Barreau de Paris
Créé en 2011, le Défenseur des droits est chargé de veiller au respect des droits et des libertés, de lutter contre les discriminations et de défendre les citoyens confrontés à des dysfonctionnements des services publics. Une institution indépendante dont la mission consiste aussi à alerter lorsque les protections prévues par la loi ne suffisent plus. Vanessa Bousardo est pressentie pour succéder à Claire Hédon à la tête de cette institution, tout comme François-Noël Buffet, sénateur LR du Rhône et favori d’Emmanuel Macron pour ce poste.
La mort de la petite Lyhanna, retrouvée dans le Gers après plusieurs signalements restés sans effet, en est pour Vanessa Bousardo une illustration tragique. « Cette enfant n’a pas été protégée », déplore-t-elle. La voix de l’avocate se fait plus grave lorsqu’elle évoque ce drame qui a bouleversé la France. « Une petite fille a croisé le chemin d’un homme qui avait pourtant été signalé partout », s’indigne-t-elle.
Pour elle, cette affaire révèle une défaillance majeure dans le traitement des violences faites aux femmes et aux enfants. Depuis plusieurs années, elle plaide pour la création d’un parquet spécialisé afin de garantir une réponse pénale cohérente sur l’ensemble du territoire. Cette affaire, dit-elle, démontre « l’urgence de prioriser ces sujets ». Car au fond, toute sa réflexion sur la justice converge vers une même exigence : protéger. Mais protéger ne signifie pas renoncer à juger.
L’affaire Patrick Bruel a récemment ravivé un autre débat, tout aussi sensible : celui de la parole des femmes face à la présomption d’innocence. Une position qui, dans le débat public actuel, suscite la polémique. « La présomption d’innocence n’est pas négociable », affirme-t-elle. Pour Vanessa Bousardo, entendre les victimes et garantir les droits de la défense ne sont pas des principes opposés. Ils constituent au contraire les deux piliers d’une même justice.
Cette conviction irrigue l’ensemble de son parcours. Élevée par une mère qui lui transmet très tôt le goût du travail et la conviction que l’école peut changer une vie, elle comprend rapidement que l’égalité proclamée n’est pas toujours l’égalité vécue. « Nous sommes égaux en droits, mais nous ne sommes pas tous sur la même ligne de départ », explique-t-elle. Lorsqu’elle découvre le droit à l’université, c’est une révélation. « Le droit rend plus fort quand il est connu de tous. Il y a ceux qui connaissent leurs droits et savent les faire valoir. Et ceux qui les ignorent » explique-t-elle. Vingt ans plus tard, cette conviction demeure intacte.
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Pourtant, derrière l’image de femme de conviction apparaît une personnalité plus sensible qu’on ne l’imagine. Lorsqu’elle se lance dans la campagne pour le vice-bâtonnat de Paris, elle vient tout juste d’accoucher de son deuxième enfant. « Mon souhait de m’engager existait avant ma grossesse. Il n’était pas question pour moi de renoncer », raconte-t-elle.
Cette volonté d’avancer sans choisir entre ambition et maternité raconte peut-être autant son époque que sa personnalité. Car si les femmes occupent une place centrale dans son parcours, elle refuse de réduire son engagement à un combat identitaire. « Défendre les femmes, c’est défendre les hommes », explique-t-elle. Pour elle, la question n’est pas celle d’une guerre des sexes mais celle de l’égalité. Son engagement la conduit à créer Bâtonnières du Monde, une association réunissant des dirigeantes de barreaux de plusieurs pays autour d’un même constat : les obstacles à l’égalité demeurent.
Parmi les causes qu’elle porte, celle de la prostitution des mineurs occupe une place particulière. Elle récuse d’ailleurs cette dénomination : « Ce ne sont pas des mineurs qui se prostituent. Ce sont des mineurs que l’on contraint à se prostituer », précise-t-elle. Dans une récente tribune, elle dénonçait le fait que certains actes soient encore insuffisamment qualifiés pour ce qu’ils sont réellement : des violences sexuelles, parfois des viols. « Nommer les choses, c’est les combattre plus efficacement », explique-t-elle.
Cette attention portée aux mots traduit aussi une inquiétude plus large : la fragilisation progressive de la confiance dans les institutions démocratiques, et particulièrement dans la justice. « La justice est le cœur battant de la démocratie », tient-elle à rappeler. Car ce qui inquiète aujourd’hui l’avocate, c’est moins la critique de l’institution judiciaire que la remise en cause de sa légitimité. « Le paradoxe, c’est que cette défiance grandit au moment même où les Français n’ont jamais autant réclamé de justice », regrette-t-elle.
Au fond, la petite Lyhanna, les violences faites aux femmes, les mineurs exploités, la présomption d’innocence ou encore la défiance envers la justice racontent chez elle une même préoccupation : celle d’une démocratie capable de protéger les plus fragiles sans renoncer à ses principes. Chez Vanessa Bousardo, l’engagement n’est pas une posture, c’est une responsabilité.
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