OPINION. « Canicule et grand âge : la mort annoncée » par Nicolas Lacroix, président de la Haute-Marne

Nicolas Lacroix, président du Conseil départemental de la Haute-Marne.
LTD / klaus roethlisberger

Nicolas Lacroix, président du Conseil départemental de la Haute-Marne.
LTD / klaus roethlisberger
La canicule qui vient de traverser notre pays a laissé des traces. 61 départements de France métropolitaine en alerte rouge, 233 records de chaleur battus, foyers privés d’électricité, centrales nucléaires à l’arrêt. À peine le temps de compter nos morts qu’une nouvelle vague s’annonce, dont on ne mesure pas encore la gravité. Malheureusement, cela vient s’ajouter aux années 2003, 2015, 2018, 2019, 2022, 2023, 2025… depuis l’après-guerre.
L’accélération de ces vagues de chaleur nous conduit à une évidence : ce n’est plus exceptionnel, il s’agit d’une tendance sur le long terme, conséquence directe du réchauffement climatique qui touche notre planète.
Ce constat fait, nous devons prendre collectivement conscience qu’être dans la réaction n’est pas une solution viable : c’est une transformation en profondeur de nos habitudes, de notre mode de vie, de notre habitat qu’il va falloir opérer. Il s’agit d’une urgente nécessité et mettre la tête dans le sable autant qu’apporter des réponses court-termistes ne suffira pas. Face à ce phénomène devenu la norme, un programme d’actions et d’adaptation est indispensable.
J’entends celles et ceux qui vont m’opposer le besoin de répondre immédiatement aux attentes de nos populations inquiètes. Ce sont les mêmes qui enterreront toute vision à la première pluie venue. Je veux leur dire qu’il ne s’agit pas de jouer les Cassandre : je n’en ai ni l’envie, ni le tempérament. Je veux leur dire que ce que je vis dans ma France rurale doit nous emmener à une prise de conscience collective.
Mon département, la Haute-Marne, est « vieux avant les autres » : il est la photographie de la France de 2030-2035 qui verra les plus de 65 ans représenter 20 % de la population. Mon territoire est ainsi déjà confronté aux difficultés que nous voyons poindre en matière d’accompagnement du vieillissement à domicile, d’accès à un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), de solitude de nos anciens. Comme en 2003, les personnes âgées seront les premières victimes de ces canicules à répétition. Pourtant, ce n’est en aucun cas une fatalité : il faut simplement que l’État prenne enfin conscience du mur du vieillissement qui est face à nous.
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C’est une question de volonté : les Présidents de la République successifs ont tous promis une loi Grand âge ; aucun ne l’a réalisée et ce n’est pas la « petite loi » « Bien vieillir » votée en 2024, somme de mesurettes, qui peut répondre à cette ambition.
Car c’est évidemment et surtout une affaire de moyens : pour rendre attractifs les métiers du lien, il faut mieux les rémunérer ; pour favoriser le maintien à domicile, il faut des plans d’aides et une adaptation des logements ; pour vivre en EHPAD (et pas survivre), il faut des établissements prêts à subir le réchauffement climatique, sans frais exorbitants et avec une qualité de soin retrouvée.
Cette question essentielle du financement doit impérativement être traitée dans le cadre de l’élection présidentielle. Ce débat doit être ouvert et transparent : il ne doit y avoir aucun tabou, ni sur le recours à un système assurantiel, ni sur la juste participation de toutes les générations, ni sur le montant du reste à charge. Il n’est plus temps de refuser l’obstacle. Mais les urnes sont dans dix mois. Nos anciens, eux, sont en danger aujourd’hui.
C’est pourquoi le Président de la République doit réunir sans délai les présidents de département. Ils sont en première ligne face à la vulnérabilité des personnes âgées. Ce sont eux qui financent les aides à domicile, qui tarifient et contrôlent les EHPAD, qui organisent la solidarité de proximité. Chacun a développé, au fil des épisodes caniculaires successifs, des dispositifs propres. Ce capital d’expérience est considérable. Il est aujourd’hui insuffisamment coordonné à l’échelle nationale. Une conférence d’urgence permettrait de dresser un état des lieux des dispositifs existants, d’identifier les lacunes territoriales, de définir un cadre national d’action, et de débloquer les moyens nécessaires à leur généralisation.
Lors du IVe sommet de la Terre à Johannesburg, Jacques Chirac, qui avait décidé de mettre en place une journée de solidarité après le drame de la canicule de 2003, a prononcé une formule restée célèbre : « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Ne laissons pas nos aînés mourir dans les flammes.