L’oeuvre Sérigraphie - étude de Simon Hantaï (1970), chaise du premier salon de la princesse Clémentine au palais des Tuileries par Jean-Louis Laflèche, 1836 et la terrasse de l’ambassade de France de Washington.
Le Quai d’Orsay entreprend un vaste projet de réaménagement de nos ambassades. Bienvenue en avant-première au cœur d’un soft power méconnu mais efficace.
Imaginez une immense demeure à demi enfouie sous de grands arbres et, tout autour, un extraordinaire parc qui dégringole jusqu’à la rivière. Si la France revendique la plus belle collection d’ambassades à travers le monde, la résidence de Kalorama – au cœur de Washington, capitale des États-Unis – reste l’une des plus spectaculaires. « Elle est une parfaite expression de cet art de vivre à la française que les Américains adorent, confirme Laurent Bili, ambassadeur de France outre-Atlantique. Le lieu fait d’ailleurs carton plein à chaque événement. C’est aussi là que l’Association des correspondants de presse de la Maison-Blanche organise son dîner annuel, et l’after-party est l’une des soirées les plus courues de Washington. »
Le 14 juillet, plusieurs centaines d’invités viendront y célébrer notre fête nationale mais aussi découvrir la restauration de la résidence, présentée par le quai d’Orsay comme un double symbole – la célébration du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis et l’amitié entre nos deux pays.
« Tout cela participe à renouveler l’intérêt pour le lieu et l’ambassade est dans son rôle: un outil de séduction et d’influence pour attirer un public de décideurs qui aiment s’y retrouver, poursuit Laurent Bili. Les habitués savent qu’ici ils vont déguster des vins et une cuisine française formidables, admirer des œuvres sans équivalent… »
Pour relever le défi, les Manufactures nationales, chargées du projet, sont allées puiser dans l’extraordinaire garde-meuble de la République. Passé le vestibule qui abrite une œuvre du peintre franco-hongrois Simon Antaï, on pénètre désormais dans un premier salon pour découvrir une série de pièces d’exception…
Un mobilier Empire fait de bois peints et de dorures pour le maréchal Duroc, de précieux fauteuils en palissandre incrustés de laiton doré réalisés pour la princesse Clémentine, un tapis rarissime signé Jacques-Louis La Hamayde de Saint-Ange ou quatre tapisseries de l’artiste Paul Vera. En collaboration avec le Centre national des arts plastiques (CNAP), l’ambassade a également passé commande à l’artiste Françoise Pétrovitch qui dévoile sept peintures contemporaines en hommage aux jardins de l’ambassade, placées dans la salle à manger… « Nul doute que son nom sera chuchoté durant toute la soirée, assure Laurent Bili, comme celui des artisans qui ont restauré ces pièces totalement uniques. Une aubaine pour nos métiers d’art, dont les États-Unis constituent le premier marché d’exportation. »
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Mais la France entend bien exercer cette influence économique et culturelle au-delà des États-Unis. Fin 2025, le ministère a ainsi décidé de lancer une première campagne de restauration de six de nos ambassades dont celle de Mexico à l’occasion des 200 ans de la relation France-Mexique, celle d’Athènes à l’ombre du Parthénon, ou encore de l’extraordinaire palais Farnese à Rome.
« Les instituts, les Alliances françaises et les ambassades sont de parfaites vitrines de notre diplomatie culturelle mais aussi de valorisation de nos talents, explique Julien Steimer, directeur général de l’administration et de la modernisation au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ce sont ainsi 25 .000 de nos PME que nous accompagnons chaque année à l’export. »
Hervé Lemoine - DG du Mobilier National - Paris le 8 juillet 2021 (Crédits : LTD / Damien Grenon)
Hervé Lemoine, président des Manufactures nationales, chargé du projet : « Une ambassade est un outil d’influence »
LA TRIBUNE DIMANCHE – Le Mobilier national a piloté ce projet de rénovation. En quoi est-ce sa mission ? HERVÉ LEMOINE – Ancien Garde-Meuble royal, le Mobilier national a été très tôt chargé d’aménager les lieux officiels, en France et à l’étranger. Nous sommes donc en lien étroit avec le Quai d’Orsay. Ils ont les ambassades, nous avons le mobilier. Au total, un patrimoine sans équivalent de 500.000 pièces liées à notre histoire. Avec la sédentarisation de la royauté au XVIIe siècle, nous sommes devenus les principaux commanditaires de France car nous devions meubler durablement ses immenses châteaux.Il a fallu faire travailler des ateliers, créer des manufactures : mission menée par Colbert sur ordre de Louis XIV.
Après 1789, le Mobilier national a poursuivi sa mission au service de la République, aménageant les mairies, les ministères, les ambassades. Nous œuvrons à la conservation, mais aussi à la restauration de nos collections, et nous employons pour cela des artisans d’art exceptionnels. Par ailleurs, nous passons commande à des décorateurs contemporains. Hugo Toro vient ainsi de réaménager la villa Albertine à New York ; India Mahdavi a repensé plusieurs salons de la villa Médicis à Rome.
Comment avez-vous choisi le mobilier à Washington ? Une ambassade est un lieu symbolique, un outil d’influence et de séduction chargé de représenter ce que la France veut montrer d’elle-même. À Washington, nous présentons des pièces d’exception qui ont pour la plupart été restaurées par nos entreprises, et c’est aussi là l’une des grandes raisons d’être de ce projet : soutenir nos métiers d’art, qui jouent un vrai rôle dans notre économie avec 234.000 entreprises et un CA de 68 millions d’euros* (?). Les bronzes ont été redorés par la maison Rennotte ; nous avons collaboré avec la maison Chevillotte pour la partie ébénisterie. Dans ce type de réaménagement, nous embarquons toujours des maisons françaises pour les promouvoir à l’étranger. Enfin, cette opération a aussi pu être menée grâce à nos mécènes, notamment le Fonds Axa pour le progrès humain.
Des œuvres sont aussi parties à Washington. Lesquelles ? Nous avons notamment sélectionné quatre tapisseries de l’artiste Paul Vera qui ont un lien avec les États-Unis. Tissées à la manufacture de Beauvais dans les années 1930, elles ont eu un tel succès que le Metropolitan de New York a fait l’acquisition, en 1934, de la première série, toujours exposée. À Washington comme ailleurs, nous ne juxtaposons pas seulement des pièces prestigieuses : nous proposons une expérience. Nos choix illustrent ce rôle d’ensemblier, qui conçoit à la fois le mobilier et l’aménagement. Une vision très française de l’architecture intérieure.