Il n'est pas courant d'entendre des industriels se plaindre de la montée en flèche de leurs débouchés commerciaux et de l'ouverture de nouveaux marchés, a fortiori locaux. Et pourtant, le cri d'alerte de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine (FIBNA) est sans équivoque : c'est l'avenir de la forêt des Landes de Gascogne qui est aujourd'hui menacé par une trop forte demande en bois dans les dix ans qui viennent.
« On estime qu'il n'y aura pas suffisamment de bois pour tout le monde ! On a vraiment besoin d'être rassurés sur la disponibilité de cette ressource au risque de déstabiliser toute la filière », alerte Anne Guivarc'h, la directrice générale de cette fédération patronale. Construction, emballage, papier, isolation, chauffage, carburants : avec la transition écologique, les usages du bois s'additionnent, de manière parfois complémentaire mais le plus souvent concurrentielle.
Et la tension monte encore d'un cran avec l'arrivée de nouveaux projets industriels projetant de s'approvisionner largement dans la forêt des Landes de Gascogne. Ce massif forestier, composé à 70 % de pins maritimes, s'étend sur un million d'hectares dans les Landes, en Gironde et en Lot-et-Garonne. Cet outil industriel créé par l'Homme au 19e siècle est devenu un puits de séquestration du carbone autant qu'un poumon économique avec 34 000 emplois directs, dont 13 000 pour la sylviculture.
Historiquement tournée vers le bois d'œuvre, pour alimenter le secteur de la construction, la filière locale craint en effet d'être profondément déstabilisée par l'émergence simultanée de quatre nouvelles usines entre 2027 et 2030. Il s'agit d'E-CHO par Elyse Energy à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) pour produire des carburants aériens et routiers, d'Orpinia par Swiss Chrono à Fargues-sur-Ourbise (Lot-et-Garonne) pour y fabriquer des panneaux de bois, de Miraïa à Garlin (Pyrénées-Atlantiques) pour produire du bio-charbon et d'une usine de pellets d'EnerBois à Hourtin (Gironde).