L’instabilité gouvernementale et ses conséquences économiques chahutent le tandem Le Pen-Bardella, ulcéré par la difficulté de ses lieutenants à maîtriser le programme du parti.Le trop-plein d’émissions matinales et la crève ont entamé sa patience. Jeudi matin à l’Assemblée nationale, le député Jean-Philippe Tanguy a sèchement chapitré les collaborateurs du groupe frontiste. « On est absolument nuls, des petits-bourgeois qui ne pensent qu’à copier les usages du système », s’est emporté, selon plusieurs témoins, celui qui est aussi co-architecte de la doctrine économique du parti. Et d’asséner : « On n’a aucune créativité intellectuelle. Dans les milieux souverainistes, au moins, on en avait ! »
Médusés, certains ont tenté de riposter. Également présent, Renaud Labaye, autre très proche conseiller de Marine Le Pen, leur a envoyé une deuxième lame : « L’important, c’est la discipline. La ligne a été définie ! » Derrière ce psychodrame, il n’y a pas qu’un méchant rhume. Le bloc central et la droite ne sont pas les seuls chahutés par l’instabilité gouvernementale.
Depuis des semaines, le RN est lui-même traversé par une tension de moins en moins sourde. Elle est générée, comme durant la campagne des dernières élections législatives, par les sujets budgétaires – la fameuse « ligne » du mouvement. En juin 2024, la perspective d’une arrivée au pouvoir a donné des vertiges à l’extrême droite, encourageant ses têtes pensantes à ajourner quelques éléments programmatiques.
Un problème de fond
Cette fois-ci, l’épais brouillard enveloppant l’installation de Sébastien Lecornu à Matignon a laissé aux nationalistes le temps de s’emmêler les fils. En particulier sur la question fiscale, cristallisée autour des débats sur la taxe Zucman et le niveau d’imposition des Français les plus nantis. L’une des mesures phares de Marine Le Pen, l’impôt sur la « fortune financière », s’est trouvée sous le feu des projecteurs.